Cine-emotions

Route Irish, guerre et corruption chez Loach.

Route Irish est le nouveau Ken Loach, très attendu, politiquement toujours engagé. Efficace ?




En septembre 2004, Fergus (ancien des SAS) persuade son ami d'enfance Frankie (ancien para) d'intégrer son équipe d'agents de sécurité, à Bagdad, pour un salaire mensuel de 12.000 livres, non imposable. C'est leur dernière chance de "se faire du blé" dans cette guerre dont la privatisation va croissant. Ensemble, ils vont risquer leur vie dans une ville où règnent la violence, la terreur, l'impunité et l'avidité. Une ville par ailleurs inondée de milliards de dollars américains.
En septembre 2007, Frankie meurt sur la "Route Irish", la route la plus dangereuse de Bagdad. Fergus rejette l'explication officielle et, brisé par le chagrin, retourne à Liverpool où il entame sa propre enquête sur la mort de son alter ego.





Après Looking For Eric, Ken Loach poursuit dans son cinéma en offrant toutefois un film de nouveau très accessible, presque proche du thriller psychologique. Paradoxalement, Ken Loach n'est pas franchement très efficace lorsqu'il s'agit de faire de l'action dans la trame, en orchestrant le scénario écrit de mains de maître par un certain Paul Laverty. En revanche il excelle dans la dénonciation, que ce soit celle de la violence et de la manipulation, à travers des vidéos amateurs montrant l'horreur de la guerre, ou par des phrases et vérités assassines. A travers ce scénario très complexe, Ken Loach veut nous montrer que la guerre n'est plus un simple enjeu de puissance militaire, mais qu'elle devient de plus en plus une économie prospère et puissante, que personne n'ose dénoncer ou casser parce qu'elle « fait du blé ». Le film dénonce également l'ordonnance 17 qui permettait à ses agents de bénéficier d'une immunité vis-à-vis de la loi irakienne, avant cette ordonnance du scandale et du non respect de tous les droits ne soit révoqué en 2009. La privatisation de la guerre en d'autres mots, la Grande-Bretagne en fait allégrement partie et c'est ce que ce fait divers raconté par Ken Loach veut nous apprendre. L'histoire racontée par le film est tiré d'une histoire vraie, celle de Robert, ex-parachutiste, victime d'une embuscade en Irak.




Volonté de toujours paraître crédible pour mieux dénoncer, Ken Loach s'entoure une nouvelle fois de ceux qui font aussi la force de ses films. Paul Laverty pour commencer, qui après l'excellent intermède Même la Pluie (d'Iciar Bollain, fervente admiratrice de Ken Loach par ailleurs), signe ici son onzième scénario pour Loach. Ce dernier retrouve également sa productrice, Rebecca O'Brien et son compositeur George Fenton. Du côté des acteurs, il y a toujours un exceptionnel qui ne volerait ici pourtant aucune récompenses s'il y en avaient. Cela confirme la volonté de Loach et de ses casteurs de révéler, à l'image donc de Mark Womack qui joue ici dans son premier film au cinéma, lui qui était habitué à la télévision. Tout comme Andrea Lowe par ailleurs, un peu plus célèbre puisqu'on la retrouve Shameless ou The Tudors. La seule tête connu du lot, c'est Geoff Bell (Solomon Kane, Petits meutres à l'anglaise), qui interprète ici un des bad guy, Walker. C'est dire...


Ken Loach ne réalise pas ici un film profondément social. Après le divertissement comique mais sympathique que représente Looking for Eric, Loach reprend son costume de pourfendeurs de la vérité et signe une histoire réaliste, émouvante et accrocheuse, bien que prévisible même si on est loin d'avoir un excellent film de la « Loach team ».


NOTE : 13.5 / 20





21/02/2011
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