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L'Aigle de la Neuvième légion : efficace à défaut d'être intemporel

Après le très remarqué Dernier roi d'Écosse et Jeux de pouvoir, le jeune et talentueux Kevin Macdonald tente sa chance dans le péplum, sans grande originalité.





En 140 après J.-C., l’Empire romain s’étend jusqu’à l’actuelle Angleterre. Marcus Aquila, un jeune centurion, est bien décidé à restaurer l’honneur de son père, disparu mystérieusement vingt ans plus tôt avec la Neuvième Légion qu’il commandait dans le nord de l’île. On ne retrouva rien, ni des 5000 hommes, ni de leur emblème, un Aigle d’or.
Après ce drame, l’empereur Hadrien ordonna la construction d’un mur pour séparer le nord, aux mains de tribus insoumises, du reste du territoire. Pour les Romains, le mur d’Hadrien devint une frontière, l’extrême limite du monde connu.
Apprenant par une rumeur que l’Aigle d’or aurait été vu dans un temple tribal des terres du nord, Marcus décide de s’y rendre avec Esca, son esclave. Mais au-delà du mur d’Hadrien, dans les contrées inconnues et sauvages, difficile de savoir qui est à la merci de l’autre, et de révélations en découvertes, Marcus va devoir affronter les plus redoutables dangers pour avoir une chance de trouver la vérité...



Depuis 1913 et l'invention du genre péplum par Giovanni Pastrone avec Cabiria (qui est aussi le lieu du premier travelling), le péplum n'a cassé de fasciner par sa grandeur et son aspect super-production. Épique à souhait, ce n'est qu'à partir des années 50 que l'on commence à parler du péplum dans son nom actuel. Auparavant c'est plutôt l'aspect de grandes productions avec des décors gigantesques, des centaines de figurants et le traitement historique mais fictionnelle d'un épisode historique légendaire. Dans ce genre de film que l'on appelle le « sword and sandals (littéralement épée et sandales), l'Aigle de la Neuvième légion constitue donc le dernier du genre en date. De Ben-Hur en 1925 (qui fera l'objet d'un remake archi-oscarisé en 1959) à Gladiator en 2000, l'histoire du péplum fascine. Mais depuis Troie de Wolfgang Petersen, une sorte de globalisation apparaît et le péplum n'est plus si évènementiel, à l'image du Roi Arthur ou de Centurion tout récemment. Le nom de Kevin Macdonald est devenu dans les années depuis le milieu des années 2000 un bon gage de confiance. Deux films très réussis, l'un plus historique avec Le Dernier roi d'Écosse qui offrira à Forest Whitaker un Oscar du meilleur acteur, puis un sujet plus politique avec Jeux de Pouvoir, où il dirige notamment un certain Russell Crowe. Il revient donc dans le domaine de l'historique, genre souvent très difficile à retranscrire au cinéma, prenant le risque de ne pas forcément rentabiliser son budget (25 000 000$) aussi bien que ses prédécesseurs. Après un peu plus de 20 millions de billets verts obtenus aux États-Unis, le succès est plutôt faible pour un péplum, comparé à un Troie qui culmine à près de 500 millions de dollars. Pour l'Aigle de la Neuvième légion, Macdonald fait confiance au jeune Channing Tatum, l'occasion à la fois d'amener des fans de l'acteur dans les salles (lui qui a joué dans Cher John et Sexy Dance, en passant G.I Joe) et de convaincre les sceptiques de son talent. On peut reprocher à ce péplum de n'être pas assez original ou prévisible, reprenant notamment les éléments classiques que nous retrouvons également dans Spartacus ou Gladiator, mais en revanche il ne tombe pas dans le film trop ambitieux, bourré d'effets spéciaux et d'une fantaisie bien trop éloignée de l'esprit initial. L'histoire de L'Aigle de la Neuvième légion est celle de Marcus Aquila, un jeune homme qui parcourt des kilomètres pour laver son honneur et celui de la famille. Comme dans Gladiator, il incarne le courage et la bravoure, comme dans Spartacus, il est une image moderne du romain face à l'esclavage, et comme dans Le Roi Arthur, c'est celle du soldat romain prêt en découdre au-delà des frontières de l'empire. Le seul point original du film est cette relation qu'entretient Aquila avec son esclave Esca, presque tendancieuse. Cela permet à Channing Tatum de s'exprimer dans une justesse convaincante dans la première partie, puis de laisser la place à Jamie Bell et un changement dans les rapports de soumission. L'Aigle de la Neuvième légion permet aussi de mettre en exergue certaines thématiques modernes, que ce soit sur l'aspect de conquête inassouvie qui peut mener à la perte de celui qui l'entreprend, ou sur la violence sans limite de l'homme pour dominer une terre qui ne lui appartient pas, ou pour la défendre. A noter également une apparition bien anecdotique du grand espoir français Tahar Rahim.


Sans être pompeux ni ambitieux, L'Aigle de la Neuvième légion se regarde comme un péplum classique, loin d'être mémorable, mais peut-être plus sincère que d'autres super-productions américaines.


NOTE : 12 / 20




08/05/2011
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