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Conviction : l'acharnement pour un combat étonnant

Peinture d'un puissant amour entre une sœur et son frère et chronique d'un combat judiciaire improbable, Conviction s'avère être un très joli film porté par d'excellents acteurs.




1983, Kenny Waters est condamné à perpétuité pour meurtre. Betty Anne, sa sœur, est la seule à être convaincue de son innocence. Face à un système judiciaire qui refuse de coopérer, elle entreprend des études pour obtenir un diplôme d’avocate. Elle mène sa propre enquête afin de faire rouvrir le dossier, n’hésitant pas à sacrifier sa vie de famille. Aidée de sa meilleure amie, Abra Rice, elle est bien décidée à tout mettre en œuvre pour disculper son frère.



Conviction raconte l'histoire vraie de Betty Anne Waters (Hilary Swank dans le film), une femme apparemment ordinaire qui a lutté avec un acharnement déroutant pendant plus de dix-huit ans pour faire innocenter son frère Kenny (Sam Rockwell), accusé d'un meurtre dont il affirme ne pas en être l'auteur. Le film remonte dans l'enfance commune et turbulente de ces deux enfants que rien ne peut séparer, y compris les barreaux d'une prison comme nous le montre cette histoire. Les deux enfants amènent déjà une émotion palpable et la sympathie du spectateur pour eux, avec un réalisme déjà intéressant. La caméra de Tony Goldwyn (Attraction animale, Last Kiss) nous raconte ensuite les différentes péripéties de Kenny, souvent aux prises avec les autorités locales et notamment une commissaire (Melissa Leo) qui aimerait le coincer. L'indirect souhait en suggestion arrive en 1980, lorsqu'une serveuse du nom de Katharina Brow est retrouvée assassinée, poignardée à plusieurs reprises. Suspect numéro un, Kenny se retrouve en prison deux ans plus tard après l'apport de témoignages en défaveur du frère de Betty Anne. Désespérée et trop attachée à son frère, Betty va réaliser l'impensable, ce que beaucoup n'oseraient entreprendre tant la tâche paraît complexe et longue. Elle a repris ses études, obtenu son bac, puis un diplôme universitaire (non sans difficultés comme l'indique le film), puis a réussi l'examen du barreau dans deux États avant de s'occuper de la défense de son frère et de finir par l'innocenter, sans surprises, puisque telle est l'histoire.


Le scénario s'avère plutôt simple sur ces 1h45 de film, ne voulant pas trop témoigner de la complexité de cette histoire dont on comprend les ficelles assez rapidement malheureusement. On finit par s'en remettre aux prestations des acteurs comme nous allons le voir. Pourtant le film évoque avec une certaine intelligence le combat de cette femme et l'amour qu'elle porte à son frère, en même temps que l'erreur judiciaire que représente cette histoire. Preuve d'un travail de qualité, Tony Goldwyn (qui avait été salué lors de la sortie du Choix d'une vie où il peignait le portrait d'une femme et d'une nation en pleine évolution ??) a beaucoup joué sur la documentation, y compris auprès de la famille Waters et de Betty Anne qui a raconté l'histoire dans ses moindres détails. Dans une volonté d'être au plus près de l'histoire pour en rendre compte d'une façon plus réaliste, il semble intéressant d'évoquer le choix de tourner caméra à l'épaule du réalisateur, accompagné sur le tournage par le directeur de la photographie Adriano Goldman, à qui l'on doit notamment Sin Nombre et La Cité des hommes.




Ce qui semble être dans le film vu comme une « parodie de justice » est une véritable critique envers le système judiciaire, sombre et sujet à de nombreux errements et à la corruption. Preuve en est avec ce cas précis, mais qui bien sûr est un clin d'œil d'hommage ou d'espoir aux autres affaires qui ont entaché l'histoire judiciaire américaine. Il évoque en même temps ce combat plus général effectué par The Innonce Project qui a permis d'innocenter 258 personnes grâce aux tests ADN, en affichant la statistique des minorités ethniques souvent condamnées à tort (70% à ce jour). Si parfois le scénario tend à tomber dans la pitié pour mieux assumer sa responsabilité, le pathos reste assez distant, l'émotion étant déjà évidente de part l'histoire. Le réalisme reste intéressant et entraînant, tout cela grâce aux prestations des acteurs et notamment de ce duo étonnant et parfois fusionnel, entre Hilary Swank et Sam Rockwell. La première est une habituée dans ces rôles de femme engagé, volontaire, indépendante et dotée d'une force intérieure toujours bluffante. Pas étonnant de la retrouver ici interprète et productrice exécutive même si elle pensait pourtant ne plus jouer ce genre de rôle. A croire que cela lui va à ravir, l'actrice américaine avait déjà bluffé le grand public et la critique dans Boys Don't Cry de Kimberly Pierce (2000) et dans Million Dollar Baby, de Clint Eastwood (2005), films pour lesquels elle avait pu glaner deux Oscars de la meilleure actrice. On la retrouvé également dans une filmographie riche avec les plus réalisateurs de la décennie, que ce soit chez Christopher Nolan (Insomnia), Tom Hooper (Red Dust) ou encore Brian De Palma (Le Dahlia Noir), elle est surtout une femme polyvalente et émouvante dans ses rôles, que ce soit dans le dramatique et/ou le romantique chez Richard LaGravenese (Écrire pour exister, PS: I Love You) ou encore encore pour Stephen Hopkins et son film d'épouvante Les Châtiments. Pour Conviction, elle incarne avec une allure classique de ses précédents personnages, avec réalisme et justement « conviction ». Elle donne une parfait réplique à Sam Rockwell qui lui reste la grande surprise de ce film, tant on est déjà habitué à ce genre de prestation venant de Hilary Swank. Il n'est pourtant pas un inconnu du grand écran puisqu'on le retrouve aux côtés des plus grands acteurs actuels: Brad Pitt dans L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Robert Downey Jr dans Iron Man 2, Robert de Niro dans Everybody's Fine, le tandem Drew Barrymore / Cameron Diaz dans Charlie et ses drôles de dames ou encore Nicolas Cage dans Les Associés. Il a fait preuve de son talent dans le tout récent Moon de Duncan Jones, avant donc d'incarner Kenneth avec une force étonnante et un charisme très proche d'un certain Christian Bale. Aux côtés de ces deux acteurs, on retrouve Minnie Driver (Will Hunting, Sleepers) qui joue la meilleure amie de Batty, mais également Melissa Leo (Frozen River, 21 Grammes, The Fighter), toujours dans les bons coups, et le polyvalent Peter Gallagher (American Beauty, Burlesque).


Concernant le mot de la fin, confions-le à Betty Anne Waters qui évoque la libération de son frère, alors que celui-ci décèdera quelques mois plus tard, suite à un accident mortelle : « Même s'il avait vécu soixante ans, six mois ou six jours de plus, ce qui compte est que Kenny ait retrouvé sa liberté et qu'il soit mort en homme libre ». Déclaration peut-être simpliste et réductrice pour certains, mais en même temps, très logiquement réaliste quand on connaît le parcours de Kenneth et de sa soeur pour arriver à ce film.


NOTE : 14 / 20




21/03/2011
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