Cine-emotions

Armadillo, un documentaire de guerre réaliste.

Armadillo se présente comme un documentaire invitant à une plongée dangereuse au milieu de soldats danois en Afghanistan. Assurément plus crédible qu'une fiction.


Mads et Daniels sont partis comme soldats pour leur première mission dans la province d'Helmand en Afghanistant, dans le Camp Armadillo. Cette zone est encore sous le contrôle des Talibans et ces soldats viennent pour pacifier la zone en entrant en contact avec la population tout en traquant les Talibans.


Armadillo compte plusieurs objectifs derrière sa caméra et son réalisateur Janus Metz. En effet, le but premier est de montrer ces soldats dans leurs côtés psychologiques, leurs comportements, leurs opinions. Cela amène ensuite (ou dans le même temps) Janus Metz à filmer la réalité physique de la guerre, l'adrénaline dans les combats, la dangerosité de ces derniers, les blessures qu'ils peuvent engendrer. Puis lorsque le combat semble avoir atteint son paroxysme, le spectateur est mis tout naturellement face à l'horreur de la guerre. On citera par exemple ce soldat qui dit avoir tirer sans le savoir sur une jeune fillette. Mais derrière, on attendra le propos rassurant d'un autre soldat qui nous affirme que si c'était à refaire, les conséquences seraient les mêmes, car c'est ce qu'un soldat doit faire.


L'horreur de la guerre se situe donc dans le psychologique, l'intérieur du soldat, sa façon de vivre le conflit de l'intérieur. Il part au contact de la population au départ sans trop d'hésitations, avec une peur absente il va donner des friandises à des petits Afghans. Puis au fur et à mesure que les déploiements se font à l'extérieur de la base, le soldat devient de plus en plus distant vis à vis de l'habitant, en devenant presque cynique, voir au pire haineux. Il n'est pas donc étonnant d'entendre un soldat se féliciter d'avoir coller « 30 à 40 balles » dans le corps d'un Taliban agonisant. La cruauté de cette guerre peut aussi bien se trouver dans un conflit actuel, que ce soit en Irak ou en Tchétchénie par exemple. Son mode de fonctionnement et la réalisation de ce documentaire en fait un objet unique, qui ne vaudrait pas la comparaison avec des films d'action bourrés d'adrénaline, mais au fond romancés comme Démineurs ou Green Zone. La fiction ne semble pas avoir encore assez de recul pour traiter au mieux du soldat en guerre, même si certains points sont convaincants.


Il n'y a qu'un pas (ou plutôt une balle) entre le jeu vidéo et la véritable entrée dans un combat, c'est ce que tente aussi de nous montrer Armadillo. Et si certains semblent encore s'amuser de la guerre et de ces conséquences (tuer comme si c'était un plaisir de le faire), d'autres vivent la guerre comme un certain traumatisme, mais en même temps une expérience humaine enrichissante. Ces jeunes soldats sont là pour vivre une sorte d'aventure à prendre au sens de défi humain. Ils vont entrer dans la peau de l'homme en guerre, celui qui est totalement différent d'un citoyen normal. Armadillo nous emmène de la décision de partir en Afghanistan, le déchirement de quitter sa famille et de prendre conscience que la mort peut nous y attendre là-bas, jusqu'au retour au pays et le traumatisme psychologique qui peut en suivre, et dont le seul moyen semble finalement d'y retourner pour ne pas avoir un fantôme derrière soi. Un cercle infernal en quelque sorte, qui fait naître l'émotion et surtout la vérité de l'action.


Pour finir, il est utile d'évoquer le film dans ses coulisses. Janus Metz n'est pas à sa première tentative de documentaire. En 2006, il sortait Township Boys qui bouclait ainsi quatre années de travail acharné à l'image du réalisateur qu'il est. Avec Ticket to Paradise et Love on Delivery en 2008, il gagne en succès dans son pays, mais aussi à l'étranger. Armadillo pourrait bien être la reconnaissance internationale de ce talentueux réalisateur, la preuve en est avec son Grand Prix à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2010. Il ne serait d'ailleurs guère étonnant de voir ce documentaire récompensé aux Oscars, tant son style mérite d'être vu par le plus grand nombre. Les premières minutes du film en était la preuve, le style va alors suivre : un documentaire à la limite de la fiction dans sa réalisation tant l'image est belle, esthétique, froide et puissante à la fois.


Plus fort qu'une simple fiction dramatisée sur le quotidien d'une guerre pour des soldats, Armadillo est une véritable plongée sincère et hallucinée, où le spectateur explore le soldat sous toutes ses facettes, du psychologique jusqu'à son action. Un documentaire imparable !


NOTE : 16 / 20



ARMADILLO : BANDE-ANNONCE HD
envoyé par baryla. - Court métrage, documentaire et bande annonce.


24/11/2010
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