Cine-emotions

The Tree of Life : le faux-buzz d'un chef d'oeuvre avorté

Poème cosmique, à base de religion, de nature, de vie et de mort, The Tree of Life mise sur une esthétique plus technique, délaissant au passage une histoire guère passionnante.




Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...



Terrence Malick est un réalisateur de nature mystérieuse, timide mais absolument sympathique selon Brad Pitt qui produit et joue dans son dernier film The Tree of Life. Le cinquième pour ce réalisateur né en 1943. Quatre films ont suffit avant ce dernier pour en faire un maître de cinéma pour quelques cinéphiles. A cela on ajoute plus de deux ans d'attentes sur une hypothétique sortie de ce film que beaucoup considéraient déjà comme un chef d'œuvre sans l'avoir vu. Parce que Terrence Malick fascine beaucoup, on le courtise. Son premier film est un coup d'essai, intitulé La Balade Sauvage, inspiré d'une histoire vraie, retraçant l'équipée sanglante de deux amants auxquels on refuse le droit de s'aimer. La critique reconnaît presque unanimement ses talents de réalisateurs, alors qu'il est loin d'une formation de cinéma au départ. Il revient quatre ans après pour Les Moissons du ciel où il révèle un certain Richard Gere, et aussi un amour pour les grands espaces, qui feront la particularité physique de ses films. Puis passent deux décennies muettes, où Terrence Malick semble avoir disparu. En concurrence involontaire avec Il faut sauver le soldat Ryan, il revient sur grand écran avec un casting monumentale pour un film de guerre retraçant la bataille de Guadalcanal dans son troisième long métrage, La Ligne Rouge. Suit alors un nouveau film déroutant pour le grand public, mais encore reconnu comme chef d'oeuvre, le long mais somptueux Nouveau Monde, où il dirige Christian Bale et Colin Farrell en s'inspirant de l'histoire de Pocahontas. The Tree of Life se rapproche étonnamment du Nouveau Monde, par cette volonté de servir une musique somptueuse dans des décors ahurissants, et de faire évoluer un beau casting à l'intérieur.





On se souvient des réactions dithyrambiques qui voulaient déjà donner la Palme d'Or avant l'heure au réalisateur américain. Il est vrai que cette bande-annonce est aussi somptueuse que bourrée de promesses. Mais Terrence Malick n'a t-il pas fait un coup de maître, en assénant un terrible coup cinéphilique dans une bande-annonce, pour ne rien montrer derrière ? Possible. En tout cas, nombreux sont les personnes à être tombé dans le panneau. Ce qui est clair aujourd'hui, c'est que The Tree of Life divise alors que la bande-annonce rassemblait. Explications. Les premières scènes du film sont assez évocatrices et se suffisent à elle-même. On nous parle d'un décès, on vogue à travers des images de natures, d'espace et d'infini, de vie aussi. De la voix-off accompagnée d'une mélodie touchante et des plans d'objectifs assez surréalistes. Volontairement virevoltant, puis en-dessous de ses personnages, pour partir ensuite dans un voyage tournoyant, Terrence Malick nous montre que son film sera rythmé par sa réalisation, et non par son propos. Car le peu de dialogues ne mènent à pas grand chose, ce sont des bribes d'un poème dont les phrases sont très courtes, souvent subliminales. Puis les cadres et la photographie tentent de donner un sens à ces belles phrases, d'une manière parfois très incohérente. On se rend compte petit à petit que le visuel et le son (une somptueuse bande originale signée Alexandre Desplat) vont largement prendre le dessus, à en devenir le seul intérêt. La combinaison des deux apportent le seul brin d'émotion, toujours irrégulière, jamais facilitée par une histoire volontairement déficelée. La caméra prime donc sur l'homme que l'on veut nous montrer, car finalement au-delà de ce que la bande-annonce semble montrer, Terrence Malick nous affirme clairement qu'il maîtrise bien plus l'art visuel que celui de l'écriture. On sent l'envie de se plonger dans la psychologie des personnages, de ce père qui élève ses enfants à la dure pour les mettre face à l'âpreté de la vie future, jusqu'à cette mère qui ne dit mot et ne s'exprime que par quelques expressions. Les enfants sont à peine plus passionnants, l'intérêt que l'on doit leur porter ne fait que tourner en rond, à l'image d'une histoire qui n'est jamais plus convaincante que sur le papier. La caméra de Malick ne prend donc jamais la mesure de l'enjeu proposé, si intéressant soit-il. Des films sur la relation père-fils, il en sort très régulièrement. La manière voulue pour la raconter (sous la forme d'un poème fleuve) est peut-être esthétique, intrigante, mais elle n'est guère plus enivrante et assourdissante qu'une autre au final. Puis il y ce double discours religieux, d'une part ce fils qui tente de la renier parce que son père l'incarne pleinement, et de l'autre la nature comme maîtresse de la vie et d'une force au-dessus des autres pour décider qui est à sa place. Complexe et tiraillé, The Tree of Life pourrait être l'oeuvre incomprise de Terrence Malick. A croire que le Malick a bel et bien fait beaucoup de bruit pour pas grand chose.



Une bande-annonce qui laisse rêveur, la faute à une beauté subjuguée et un semblant d'histoire accrocheur, elle s'avère finalement être un concentré du film de Terrence Malick qui ne vaut plus le coup d'œil pour ce qu'il raconte, mais plutôt pour ce qu'il montre, à condition de trouver cela beau. Ce qui ici est assurément le cas.


NOTE : 12 / 20




17/05/2011
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