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Detective Dee : un Hark impérial ?

Baroque et moderne à la fois, Tsui Hark nous immisce dans la Chine impériale du VIIème siècle pour nous offrir un film d'aventure et d'action aux fortes allures de blockbuster façon asiatique.




L'histoire se déroule en Chine, en l'an 690, durant la période trouble correspondant à l'ascension de l'impératrice Wu Ze Tian.
Tout est prêt pour la cérémonie du couronnement et la petite ville de Chang-An est dans ses habits de fête. Mais une série de morts mystérieuses menace l'intronisation de Wu Ze Tian.
L'impératrice décide alors de faire appel au seul homme capable de percer ce mystère : Le juge Ti, de retour après huit ans de prison pour insolence et insubordination…



Tsui Hark est un réalisateur étonnant, tout en étant un monstre sacré dans l'histoire du cinéma. Inconnu du grand public puisque très peu de ses films ont réussi à percer ici en tant que grand classique mémorable, Tsui Hark est pourtant depuis 30 ans le maître incontesté du cinéma hongkongais grâce à des films populaires qui ont bénéficié d'une large exposition sur le continent asiatique comme l'épique saga Il était une fois en Chine. Du côté de l'Occident, il faut être un fin fouilleur pour aller dégoter les films moins « commerciaux » (si tant est qu'il y en ait chez nous) de Tsui Hark. Bien évidemment, nombreux sont les cinéphiles et cinéphages qui adulent le réalisateur et son œuvre, mais bien que Detective Dee soit son 43ème long métrage, le spectateur lambda gardera probablement la vision du divertissement en tête. Non pas que le vision soit réductrice, mais avouons au moins que l'analyse en sera tout de suite moins profonde (film personnel qui reprend les grandes pratiques du cinéma de Tsui Hark).





Detective Dee serait donc chez nous l'équivalent d'un Sherlock Holmes. Véritable figure emblématique et historique de la Chine populaire,celui qui fut surnommé Juge Dee est né en 630 et mort en 700. Il a servit l'impératrice Wu en tant que chancelier, alors qu'il étant dans le passé un opposant au régime. Dee est un sujet difficile à aborder d'un point de vue véracité, et qui du coup justifie le choix de porter le film dans une version plus aventure que véritable fresque historique. En se penchant sur la dynastie Tang (symbole de prospérité en Chine), ce film nous projette dans un univers méconnu qui suscite l'engouement imaginaire en Occident, à savoir la Chine impériale, pour un spectacle d'aventure de deux heures. Non pas que l'ennui nous gagne alors que l'on semble s'approcher d'une fin qui constamment s'éloigne de nous par des pirouettes scénaristiques improbables, mais Detective Dee peut bien apparaître comme une fresque foutraque où le réalisateur a voulu parler de tout, en jouant également sur la profusion de personnages (heureusement qu'il y a un final cut raboté). Être dans un propos à la fois moderne sur le sens de l'honneur , les tractations politiques ou encore la place de la femme dans la société, et en même être baroque et majestueux dans ces décors qui apparaissent surchargés, le tout dans une action qui parfois manque de haletant, d'où certains coups de mou. Indéniable fait, la caméra de Tsui Hark nous emmène dans des décors somptueux (venus tout droit des studios Hendgian) jouant la carte du majestueux à la hauteur du prestige impérial). Pour autant, il tend parfois à tomber dans la surenchère, comme lors de la scène du Monastère, avec des effets spéciaux qui casse un peu le charme original d'un film de sabre. Outre la prestation convaincante d'un Andy Lau cantonné au rôle de sex-symbol local, les autres acteurs ne sont guère plus convaincants que leurs confrères occidentaux. A vrai dire, tout cela pourrait être égal pour certains qui ne jurent que par la beauté du cinéma de Tsui Hark comme s'il était l'unique réalisateur d'une génération qui n'a jamais percée ou qui alors à filé du côté de Hollywood (Wong Kar-Waï, John Woo par exemple).


En résumé, Detective Dee est loin d'être un divertissement fadasse. Avec une telle assise sur le cinéma local, Tsui Hark réussit un film qui fonctionnera dans la culture populaire, en espérant toucher également le grand public européen par une aventure majestueuse qui pourrait pourtant en laisser une bonne partie indifférente, car après tout pourquoi aller chercher du divertissement à l'est, si on peut en avoir toutes les deux semaines chez nous, bien que ce soit issu d'un cinéma totalement différent qui pour certains reste celui d'un visionnaire en son temps.


NOTE : 13 / 20




25/04/2011
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