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La Guerre des boutons : une comédie familiale sympathique

Presque un siècle après le succès du livre de Louis Pergaud intitulé lui aussi La Guerre des boutons, deux longs métrages vont se défier en sortant avec une semaine d'écart. Le premier est signé Yann Samuell. 



 

1960, un village dans le sud de la France.  Une bande de garçons, âgés de 7 à 14 ans, menée par l'intrépide Lebrac, est en guerre contre les enfants du village voisin, leurs ennemis jurés. Une guerre sans merci, qui dure depuis des générations. On se bat pour l'honneur et la fidélité et, pour gagner, tous les moyens sont bons. Même, s'il le faut, combattre nu comme un ver, ou pire, accepter l'aide de Lanterne - une fille ! - la nouvelle recrue de la bande, pleine de panache et d'ingéniosité. Mais il n'est pas facile d'être une armée de petits hommes sans se faire attraper par Papa et Maman ! Quand, après la bataille, on rentre à la maison, les vêtements en lambeaux et des boutons en moins, mieux vaut se faire discret ?


Multiple


1912, date de publication du roman de Louis Pergaud, intitulé La Guerre des boutons. Dans ce livre destiné aux plus jeunes comme aux adultes, on y raconte la "guerre" que se livrent les bandes d'enfants de deux villages rivaux, Longeverne et Velrans.


1937, la première adaptation du livre de Louis Pergaud est réalisé par Jacques Daroy, sous le nom La Guerre des gosses, où jouait notamment Jean Murat ou Charles Aznavour. 1962, Yves Robert réalise une seconde adaptation du livre Louis Pergaud, avec le retour du fameux bouton dans le titre, puisque c'est l'objet du butin lorsqu'un ennemi est capturé.


Après un remake américain en 1995, La Guerre des boutons revient coup sur coup en 2011, suite à l'entrée du livre dans le domaine public. Avec le film de Yann Samuell on ne parle pas de remake, mais d'une libre adaptation de l'œuvre de Pergaud. Le film d'Yves Robert reste lui sous protection du droit d'auteur, et devrait bénéficier d'une ressortie numérique le 12 octobre.




Familial


Produit par Marc du Pontavice (spécialistes de la série animée sur petit écran) et Matthew Gledhill (producteur exécutif de Gainsbourg vie héroïque), La Guerre des boutons s'annonce comme un savoureux mélange entre un connaisseur des goûts enfantins et un collègue spécialiste de l'esthétisme décalé. Le tout dirigé par un amoureux de l'enfance au cinéma : Yann Samuell (Jeux d'enfants, L'Age de raison).


Ce que dégage cette libre-adaptation (j'insiste sur ce terme précis), c'est une originalité et une sympathie indéniable. La Guerre des boutons rappelle une enfance dont on est tous nostalgique, que l'on rêve de revivre lorsque l'on tombe dans des sombres moments de la vie d'adulte. Son capital sympathie est indéniable, déjà parce que les enfants y sont adorables, à l'instar par exemple de Tigibus (joué par le tout mignon et vif Tristan Vichard), mais aussi pour ses adultes. Mathilde Seigner si elle n'a pas grand-chose à jouer, le fait bien. Eric Elmosnino (la révélation de Gainsbourg) est probablement le rôle le plus intéressant, un maître d'école sévère mais qui révèle son grand cœur, avec une sincérité touchante. Ou encore en guest, un improbable Fred Testot en curé du village. Rassurez-vous, Kad Merad n'est pas là. Oups ! Il est dans le prochain.


D'un autre côté, cette Guerre des boutons se veut originale. L'histoire est ainsi insérée en pleine Guerre d'Algérie, dont quelques témoignages reviennent et forgent les pensées de certains enfants (les plus âgés, comme Lebrac par exemple). De même, cette histoire de gangs de campagnes, délicieusement illustrée par des bagarres sans blessures (juste quelques boutons en moins), est une allégorie moderne qui nous parle et interpelle sur la place l'enfant dans la société aujourd'hui. En posant également quelques bases politique (qu'est-ce que l'indépendance, la liberté, la république), La Guerre des boutons peut s'avérer être une comédie familiale intelligente.

 



Anecdotique


Hormis Jeux d'enfants (avec le couple Guillaume Canet – Marion Cotillard), Yann Samuell n'a jamais été un grand chouchou du public et encore moins de la presse. Toujours dans cette lignée de capter l'enfance dans son innocence, Samuell s'est plongé dans sa sympathique immaturité pour livrer ce travail. Avant de tourner les scènes, il a enchaîné les moments de proximité avec les enfants. Son attitude et son savoir-faire avec l'enfant à l'écran, lui permettent de maîtriser un sujet comme La Guerre des boutons. Il en tire une bonne dose de sympathie. Sans plus ?


On considère également facilement ce film comme bâclé. Un exemple ? Si on aime les décors de campagne et la légèreté qui en ressortent, on déteste ces mouvements de caméras insipides, que ce soit un travelling dans la forêt (mal de tête, je te salue) ou une caméra placée à l'intérieur d'une moissonneuse-batteuse. Pourquoi se compliquer la tâche à faire des effets inutiles alors que tout le film a été tourné d'une façon très simple, et plutôt efficace, car elle correspondait à l'image du film familial qui voulait en ressortir.

 

Enfin, la guéguerre que se livre les deux films pourraient bien nuire à l'image de l'un et/ou de l'autre. En effet, cette histoire n'est pas qu'une histoire d'amour pour un roman et un film qui ont bercé plusieurs générations. Le combat que se livre ces deux films est purement commercial, dégoulinant de billets d'euros qui circulent comme si on s'empiffrait un superbe burger alléchant. Et le producteur de La Nouvelle guerre des boutons, Thomas Langmann aurait même proposé de dépenser 800 000 euros pour avoir le droit d'utiliser la fameuse réplique du film d'Yves Robert : « Si j'aurais su, j'aurais pas venu ». Absurde !

 

Alors tient-on avec La Guerre des boutons façon Yann Samuell une nouvelle référence de film sur l'enfance ? Un successeur des Choristes même ? Réponse le 21 septembre pour la critique de La nouvelle guerre des boutons, d'un certain Christopher Barratier, réalisateur des Choristes.

 

NOTE : 13 / 20

 




14/09/2011
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