Cine-emotions

Le Voleur de lumière, le charme kirghize

Parfois les surprises et les films sincères peuvent venir de là où ne s'y attend pas. L'exemple est assez parlant avec Le Voleur de Lumière, un film kirghize de Aktan Arym Kubat.




On l'appelle Monsieur Lumière. Dans ce village perdu au milieu des montagnes Kirghizes, loin du pouvoir et de l'économie, il entretient les lignes, trafique parfois les compteurs pour venir en aide aux plus démunis. Cœur ouvert et généreux, il ne leur apporte pas seulement l'électricité: il écoute, conseille, conforte les peines et tempère les disputes conjugales de ces villageois oubliés par la civilisation moderne. Monsieur Lumière a un rêve: construire sur les montagnes des éoliennes pour alimenter toute la vallée en électricité. Mais il va devoir faire face à des hommes puissants et corrompus qui sont les nouveaux maîtres du pays.


Voici bien une histoire ambitieuse mais pourtant bien sincère puisqu'elle est raconté par un cinéaste talentueux et connaisseur. Il parle dans ce film du pays comme il le voit et le connaît, à la fois au niveau du purement local à l'image de son personnage volontaire et engagé, généreux et courageux, qui ne tombe jamais dans le trop plein comme d'autres personnages proche du héros pourraient être tenté de le faire. Le Voleur du Lumière est un film témoin, tant par son propos que par sa propre histoire. Ainsi le film a mis presque dix ans à se construire, surtout en amont pour le financement et l'écriture d'un scénario qui a beaucoup évolué, la faute à un contexte houleux. En 2005 tout d'abord avec la « Révolution des Tulipes » qui chasse du pouvoir l'homme fort du Kirghizstan depuis l'indépendance, à savoir Akaïev. Cinq ans plus tard, le film a vu le jour et s'apprête même à connaître le début d'un succès à l'occident lorsque Cannes fait appel au réalisateur pour présenter son film à la Quinzaine des réalisateurs. Une nouvelle révolution éclate avec violence dans la capitale Bichkek pour renverser l'ancien Premier ministre du président Akaïev, un dénommé Kourmanbek Bakiyev. Sauf que ce dernier a lui aussi dérivé vers un régime autoritaire qui lui coûtera sa place au pouvoir en avril 2010. A cette époque, le film est bel et bien terminé, mais surprend par son ton et le propos.




La principale force du film réside dans ce discours presque prémonitoire du réalisateur kirghize. En effet, son film est à l'image de l'histoire du pays. Empreint de la sincérité locale et de la vie de ses habitants dans une précarité déplorable, Aktan Arym Kubat s'oppose à la corruption qui pourrit le pays de l'intérieur, à l'image du maire de cette ville, qui achète en quelque sorte des exploitants chinois, non pas pour le bienfait de la région, mais pour son propre business. Le réalisateur, scénariste, mais aussi acteur, dénonce intelligemment cette situation sans jamais tomber dans la facilité ni la violence gratuite puisqu'une bonne majorité de l'action reste suggérée. Il incarne d'ailleurs un personnage haut en couleurs, sensible et touchant, tenant ici tout le film avec ses talents. Même si Le Voleur de Lumière possède quelques longueurs et peut-être un manque d'agressivité sur ces thématiques, on en sort globalement convaincu et charmé.


NOTE : 13 / 20






21/01/2011
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