Cine-emotions

L'Apollonide, souvenirs de la maison close : comme un air de déjà-vu

Sélectionné en compétition officielle à Cannes, L'Apollonide de Bertrand Bonello évoque le désir et les souvenirs d'une maison close à l'aube des changements du 20ème siècle.




À l'aube du XXème siècle, dans une maison close à Paris, une prostituée a le visage marqué d'une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique. Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s'organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs... Du monde extérieur, on ne sait rien. La maison est close.



Le mythe de la maison close comme fantasme a bien refait surface lors des derniers mois. Pourtant ces maisons closes sont fermées depuis le 13 avril 1946 et on en retire les souvenirs de célèbres artistes comme Toulouse-Lautrec ou Maupassant. Ces souvenirs ressurgissent dans des œuvres plus modernes, à l'image du regard porté par les auteurs de ces dernières par exemple. On peut citer une série, création originale de Canal +, intitulée Maison Close, ou encore un livre, Maisons closes parisiennes. Lorsque l'on a vu par exemple la série, on trouve l'œuvre cinématographique de Bertrand Bonello beaucoup moins pertinente. Face à l'écran, on se met une nouvelle fois à boire cet esthétisme de la Belle Époque, qu'incarne aussi bien le décor que les actrices et leur sensualité palpable. De cette même façon, Bonello raconte une certaine forme d'esclavagisme à travers la prostitution, en évoquant pêle-mêle le désir, la colère et l'absence d'une liberté qui contraint ces filles à rester enfermées. Grâce – ou à cause – d'une mise en scène et de décors surchargés, c'est la thématique de l'enfermement qui ressort avec consistance. En fil rouge, ce long métrage nous raconte aussi la fin des maisons closes et l'évolution d'un commerce qui commence à exclure le désir et l'amour pour une certaine violence, que les filles doivent contenir dans leur colère.




Ainsi, L'Apollonide est à la fois un lieu mais aussi un film, qui raconte le passé avec un regard moderniste, à l'image d'une scène finale hautement symbolique. Cette modernité, le film la fait également sentir dans la bande originale avec la présence de titres soul des chanteurs noirs américains comme The Mighty Hannibal, Lee Moses ou encore The Moody Blues avec le fameux titre Nights in White Satin pendant une scène « émotionnelle ». L'utilisation de cette soul des sixties déroute pour un film d'époque, et n'a sûrement pas le même effet escompté que cette même utilisation avec le rock new wave de Marie-Antoinette de Sofia Coppola. En voulant se détacher de ce qui a été fait, dans un lieu trop confiné, le film de Bertrand Bonello ne capte pas plus l'attention, à cause d'une surcharge de sa mise en scène ou de son espiègle modernité, l'ensemble ne le rendant pas plus original. Au final on se retrouve avec un film pesant, des bonnes idées mais déjà-vu, et beaucoup de longueurs. On retient le charme de ces actrices, jeunes espoirs du cinéma français comme Hafsia Herzi (La Graine et le Mulet), Adèle Haenel (Naissance des pieuvres) ou encore Iliana Zybeth (aux ressemblances frappantes avec une certaine Léa Seydoux) dont c'est la première apparition à l'écran, le tout encadré par une Noémie Lvovsky paternaliste et qui livre une performance juste.


NOTE : 11 / 20




25/09/2011
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