Cine-emotions

Black Swan, la sombre perfection d'Aronofsky

Proclamé événement cinéma du début d'année 2011, Black Swan de Darren Aronofsky tient toutes ses promesses.




Nina est ballerine au sein du très prestigieux New York City Ballet. Sa vie comme celle de toutes ses consœurs est entièrement vouée à la danse. Lorsque Thomas Leroy, le directeur artistique de la troupe, décide de remplacer la danseuse étoile Beth Mcintyre pour leur nouveau spectacle « Le Lac des Cygnes », son choix s'oriente vers Nina. Mais une nouvelle arrivante, Lily, l'impressionne également beaucoup, au point de venir concurrencer Nina qui doit normalement jouer à la fois le Cygne blanc et le Cygne noir. Une étrange rivalité s'installe entre elles en même temps qu'une amitié perverse.


Darren Aronofsky est devenu un réalisateur attendu, tant ses rares films mobilisent la critiques. De Pi en 1998 qui fut révélé à Sundance en remportant le prix du meilleur réalisateur à The Wrestler, Aronofsky n'a jamais laissé indifférent, s'offrant au passage un statut de réalisateur incontesté (ou presque) que peu de cinéastes peuvent s'offrir. Il a notamment réalisé Requiem for a dream, présenté à Cannes en 2000 marquant ainsi une sorte de consécration face à la critique et au public. Il s'attaque ensuite à la science-fiction The Fountain et une histoire d'amour entre Hugh Jackman et Rachel Weisz. Ce film confirme ses qualités de réalisateur, lui qui venait d'offrir un film esthétique et qui transporte le spectateur. On remarquera que ses qualités se retrouvent de nouveau dans Black Swan, film esthétique à souhait, grandiose par sa mise en scène. Enfin, Aronofsky continue de parfaire sa filmographie et son palmarès avec The Wrestler qui plonge Mickey Rourke dans un de ses plus beaux rôles, au milieu du catch. Il remporte d'ailleurs le Lion d'or à Venise. The Wrestler s'approche lui de Black Swan par sa capacité à transcender l'acteur principal et dans la difficulté physique du rôle pour ce dernier. Ne s'improvise pas danseuse qui veut, d'autant plus qu'ici la danse sert d'élément subliminal dont chaque geste doit être un délice, un frisson, pour un peu plus renforcer l'esprit du film.




Black Swan fut donc un film difficile à construire, tant au niveau de l'écriture que de la mise en scène. En témoigne le travail des acteurs, notamment Natalie Portman (Nina) et Mila Kunis (Lily). La seconde n'avait aucune formation et a donc commencé à apprendre la danse. Les deux actrices ont pu bénéficier des précieux conseils d'une célèbre ballerine en la personne de Mary Helen Bowers. Un travail physique et psychologique, comme en témoigne d'ailleurs le film à travers le personnage de Nina, une jeune femme talentueuse et travailleuse, qui souffre au plus haut point pour obtenir le rôle. Natalie Portman se retrouve ici avec une composition très noir, puisque son personnage est au début une sorte de jeune fille dorlotée par sa mère protectrice, qui vit dans le rose et les peluches, comme une princesse. Peu à peu, la conquête du rôle dans « Le Lac des Cygnes » pousse la belle à se découvrir un côté noir. La caméra de Darren Aronofsky nous montre alors une passion destructrice, une amitié perverse entre les deux femmes, un coup amie, un coup ennemie. Black Swan tombe alors dans des passages surréalistes et fantastique typique du thriller psychologique. Après avoir touché le sublime, le film se jette alors dans les bras de l'oppressif avec des passages haletants et complétement irrésistible pour le spectateur. Black Swan est donc une preuve irréfutable d'un cinéma de très grande qualité, capable de passer d'un genre à l'autre avec des passerelles irréprochables.




Pour Natalie Portman c'est un nouveau grand rôle de composition, peut-être le plus complexe. Celle qui a débuté chez Besson avec Léon (1994) a joué pour les plus grands comme dans Closer, entre adultes consentants (Mike Nichols), Tout le monde dit I love you (Woody Allen), Free Zone (Amos Gitaï), My Blueberry Nights (Wong Kar-Wai), Les Fantômes de Goya (Milos Forman) ou encore récemment dans Brothers (Jim Sheridan). Elle ne se rate que très peu dans ses choix de rôles, on notera celui d'Anne Boleyn dans le mauvais Deux sœurs pour un roi. Pourtant, elle arrive constamment à sublimer son personnage, à lui donner une autre dimension que peu d'actrices savent offrir, tout en restant naturelle. Pour Mila Kunis, c'est en revanche un nouveau visage, et probablement une nouvelle carrière qui se lance, elle qui avait joué dans Le Livre d'Eli, Crazy Night ou encore Sans Sarah rien ne va. Un nouveau registre surtout pour la jeune actrice, qui fait découvrir un personnage à la fois charmant, et en même temps profondément pervers. Outre la touche français de Benjamin Millepied (chorégraphie et conjoint de Natalie Portman), on trouve Vincent Cassel (Mesrine, Les Rivières Pourpres, Le Pacte des Loups, Irréversible), qui livre encore une fois un rôle de haute volée, incarnant un directeur passionnel et amoureux.


Black Swan est donc un film sublime parce que jamais la danse n'avait pris une tournure aussi prenante (on est loin d'un Flashdance), avec une musique enivrante et sublime (même lorsque les Chemical Brothers entre en scène), des acteurs bluffants en adéquation avec les rôles qu'ils tiennent. Si la caméra de Darren Aronofsky tend parfois à en faire trop, touchant parfois la surenchère dans l'image (le film d'auteur est lui aussi très loin), on se laisse prendre par cet esthétisme ambiant, mais aussi par le côté oppressif de l'histoire qui tient en haleine jusqu'au bout, bien qu'elle soit relativement prévisible.


NOTE : 16.5 / 20




21/01/2011
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