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Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde : jouissif !

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde, comédie d'auteur, satirique, dénonciatrice et amusante. Histoire de mieux contrer aussi une industrie du cinéma qui a refusé le film en France.




Homme d'affaires à succès, symbole d'un capitalisme moderne et décomplexé, Michel Ganiant a tout : l'argent, le pouvoir, l'amour. Et il veut que ça se sache. Alors qu'il s'apprête à réaliser le "coup" de sa carrière, il accepte de se laisser suivre par la caméra de Joseph Klein, journaliste impertinent et engagé. Ce devait être une ode au génie du grand homme. Ce sera un voyage sidérant et jubilatoire dans les coulisses du business et la vie des riches et puissants.
Bienvenue dans le monde de Michel Ganiant. Pas de bol, c'est aussi le vôtre...


Difficile en France de faire une critique du système économique et politique, même si pourtant on s'en amuse. Si le film n'est pas chapeauté par un gros nom de la distribution en France (La Conquête ira pavaner son beau casting du côté de Cannes), ou alors qu'ils viennent de l'étranger là aussi avec la force du dollar et qui ne nous concerne pas directement (Michael Moore ou Oliver Stone par exemple), autant dire qu'il est très complet de glisser son travail sur le bureau des professionnels sans que celui-ci fasse un détour par la dévoreuse de papier. Non pas que s'y exerce une censure, mais plutôt que certaines comédies tendent à être diaboliser, comme s'il n'allait pas marcher aussi bien qu'une comédie classique issue d'un patrimoine culturel où Kad Merad donnerait la réplique à un Daniel Auteuil. L'expression au cinéma et sa liberté sont deux éléments primordiaux, ce que semble avoir compris Stéphane Kazandjian et ses acolytes du jour. Pourtant, le réalisateur est assez clair là-dessus, « ce n'est pas un film pour changer le monde, juste pour s'en amuser ». En adaptant cette réponse qui nous semble facile à l'échelle du film, on peut aisément vérifier la véracité de ce propos. Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde est effectivement un amusement constant, souvent critique, mais aussi réaliste, jamais exacerbé ni volontairement manichéen, puisque l'on peut très bien éprouver de l'empathie pour le personnage de Michel Ganiant. Avec des sujets graves comme la crise et ses diverses branches de conséquences (chute à la bourse, licenciements, reventes etc.), rien de mieux que d'utiliser la comédie, et en le faisant bien. « Rire du pouvoir pour mieux le critiquer », une autre devise de ce réalisateur talentueux et encore très méconnu du grand public, qu'il respecte à 200%.




La comédie se défrise alors sous des airs de faux-documentaire, un film dans un autre. La façon de dénoncer et d'en rire nous apparaît encore plus originale, mais surtout plus pertinente si le propos et le réalisme suivent. Le but du documentaire ici est d'insérer le spectateur dans une vision de la réalité, celle que veut nous montrer cet espiègle journaliste Joseph Klein (incarné par un très bon Laurent Lafitte, en écho à ses prestations théâtrales du moment). Son nouvel objectif est de démonter un grand patron de l'hexagone et son choix se porte sur le jeune et talentueux Michel Ganiant, nouvelle image du patronat moderne. Bien évidemment le patron est totalement fictif, même si on ne peut s'empêcher d'y trouver des parallèles à établir avec d'autres grands noms comme Bolloré ou Pinault, et même des hommes politiques comme Sarkozy ou Strauss-Kahn. Le ton est décalé par moment, même s'il se veut sérieux dans le fond, il reste assez proche de la caricature, mais sans vulgarisation. Lafitte n'est pas Moore, on le sent dans le ton, mais plutôt lui aussi une caricature du journaliste fouineur, prêt à découvrir les pires secrets d'un patron pour mieux les dévoiler. Ganiant n'a pas peur, il pense même que son image peut en sortir vainqueur. Non sans risque, il expose les grandes lignes de son job de patron milliardaire, que ce soit au beau milieu de la boîte qu'il dirige, jusqu'aux déjeuners d'affaires où il fait construire ses futurs projets de rachat, ou encore dans l'intimité de sa superbe villa, entre une femme aux fortes ressemblances de Carla Bruni (Laurence Arne, charmante et amusante) et ses enfants. Finalement derrière le côté bling bling, Ganiant est un homme comme les autres, mais avec quelques milliards en plus.




Satirique et un poil pédagogique, Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde est une comédie qui pourrait se vouloir pourfendeur des grandes arnaques et amies des grandes dénonciations. Mais à la vue du contenu de cette dernière, sans être foutraque, c'est la légèreté de l'action et du propos qui refroidisse un peu le spectateur qui serait tenté de réellement se demander quel est l'intérêt d'un tel film. A l'image d'un François-Xavier Demaison (révélé dans la peau de Coluche) excellent et confortable dans son rôle de patron d'un jour, c'est un film tout en décalage et sans calcul qui se dévoile, avec un côté bling bling et sympathique qui pourtant ne se ressent pas dans le budget du film. Beaucoup de clins d'œil se dévoilent durant l'action, que ce soit déjà le nom de famille Ganiant, nouvel ordre du 20ème siècle qui s'oppose au Vaillant des années 70, plus axé sur les valeurs de courage et de fierté.


Propos grave et dénonciations gravitent autour de Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde. Certes il ne va pas révolutionner la culture du public, mais en revanche il risque fortement de l'amuser et de le détendre, comme semble l'être l'objectif premier d'une comédie. Après cet élément, on se trouve aussi face à une belle peinture de notre réalité et une mise en abîme efficace.


NOTE : 15 / 20



MOI, MICHEL G, MILLIARDAIRE, MAÎTRE DU MONDE... par baryla


21/04/2011
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