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La Conquête : un divertissement trop peu engagé

Il était attendu et peu de choses ont filtré jusqu'à la sortie du film et une projection à Cannes pour faire monter le buzz. La Conquête, de Xavier Durringer revient sur la montée en puissance de Sarkozy dans le gouvernement Chirac jusqu'à l'échéance présidentielle de 2007.





6 mai 2007, second tour de l'élection présidentielle. Alors que les Français s’apprêtent à élire leur nouveau Président, Nicolas Sarkozy, sûr de sa victoire, reste cloîtré chez lui, en peignoir, sombre et abattu. Toute la journée, il cherche à joindre Cécilia qui le fuit. Les cinq années qui viennent de s'écouler défilent: elles racontent l'irrésistible ascension de Sarkozy, semée de coups tordus, de coups de gueule et d'affrontements en coulisse. La conquête : L'histoire d'un homme qui gagne le pouvoir et perd sa femme.


Le clivage qui pourrait se faire sentir à la sortie de la salle après la projection de La Conquête. D'un côté, on aurait ceux de Droite qui scandent à qui veut bien l'entendre que La Conquête est un très mauvais film, absolument pas représentatif, ceux de Gauche qui savoure cette caricature et la satire politique initiée par Durringer et Rotman. Au milieu, on ne trouvera un Bayrou, mais peut-être un peu plus d'objectivité. Annonçons clairement les choses, La Conquête n'est pas un film politique mais un film avec des hommes politiques, qui s'amusent à caricaturer les personnages pour nous faire sourire, tout en racontant une petite histoire facilement lisible. Au mieux, le film de Xavier Durringer pour être la partie visuelle d'un ouvrage de politique pour les nuls. Puis ce n'est pas comme si les grands noms qui ont façonnés ce film sont des cinéastes engagés. Xavier Durringer réalise ici son cinquième film, dont le polar ultra-violent J'irai au paradis car l'enfer est ici en 1997. Même constat chez les producteurs Eric et Nicolas Altmayer (Jet Set, Brice de Nice, OSS 117), même si on leur doit récemment Potiche. En revanche, l'homme digne d'intérêt et forcément cible de pas mal d'interrogations internes, c'est Patrick Rotman. Historien et documentariste, il a pu se faire remarquer à la télévision dans des documentaires qu'il a réalisé (Eté 44, Les Survivants), avant de signer les scénarios de Nuit Noire et L'ennemi Intime, des fictions assez engagés pour faire parler. Avec La Conquête, un travail de documentation (interviews et articles épluchés, livres annotés, témoignages enregistrés) était donc nécessaire pour paraître crédible aux yeux des plus curieux.




Avec La Conquête on imagine aisément que la France pourrait posséder enfin un vrai "film politique", où l'homme politique en question est encore en exercice à l'instar d'Oliver Stone (W – L'improbable Président) ou Nanni Moretti (Le Caïman). Pas vraiment, car le propos est bien trop comique, presque dérisoire pour être étiqueter comme un réel film engagé qui envoie son propos cinglant. Pas plus intéressant qu'un sketch étiré des Guignols ? Presque oui. L'imitation physique par exemple, très bien rendu par Denis Podalydès (sociétaire de la Comédie Française comme cela est si bien présenté au générique de début) qui joue sur la gestuelle ou les tics de Nicolas Sarkozy, mais par contre son interprétation en fait un homme mégalomane, narcissique, qui pense que la politique est un immense terrain de jeu pour gamins de 8 ans en mal de pouvoir. La question du réalisme vient forcément se défaire de la pure caricature ou de la satire pour essayer de donner un peu de relief à un film qui finalement en manque cruellement. Le côté humoristique est sympathique, l'écriture compte très fortement sur des répliques qui ne demandent qu'à devenir cultes ("je vais le baiser, et avec du gravier / "Le nain va nous faire une France à sa taille") et qui semblent devenir petit à petit le seul élément captivant du film. Très rapidement on se retrouve face à un film qui enchaîne les saynètes plus ou moins intéressantes, sans y mettre une réelle valeur intellectuelle et une portée politique digne de ce nom. L'ascension à l'Elysée se double de l'histoire plus romanesque de sa séparation avec Cécilia (interprétée par Florence Pernel), qui fait ressortir le côté plus romancé de l'histoire, mais loin d'être inintéressant. En effet, c'est cette histoire qui fait ressortir le personnage tiraillé de Nicolas Sarkozy, un homme qui a soif de pouvoir, mais qui aime, et pas comme les autres. On ne peut pas rester indifférent à ce propos-là, qui gagne lui à être crédible. La Conquête joue également sur l'imaginaire public, en essayant de cibler les défauts (impatience, nervosité) et les qualités (franchise, férocité) de Nicolas Sarkozy, et cela semble plutôt réussi.


La Conquête pourrait-il être vu comme le lancement de la campagne de 2012, en sachant par exemple que Dominique de Villepin se monte de nouveau contre Nicolas Sarkozy, que Jean-Louis Borloo se lance dans une alternative radicaliste, que Dominique Strauss-Kahn est désormais hors de course à cause de ses démêlés judiciaires aux Etats-Unis, ou encore qu'Olivier Besancenot a lui-même déclaré qu'il ne serait pas candidat. Par contre, si le buzz a été fort, il y a peu de chances pour que La Conquête soit le tsunami médiatique attendu, tout simplement parce qu'il ne propose un regard différent et véritablement engagé, mais passe juste pour un divertissement assez sympathique.



NOTE : 11.5 / 20 





19/05/2011
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