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Devil : le diable et l'ascenseur de la terreur

A l'origine de l'histoire du film, mais aussi producteur, M.Night Shyamalan a peut-être trouvé un nouveau costume, à l'image de Devil.




A Philadelphie, cinq personnes pénètrent dans un immeuble de bureaux et prennent l'ascenseur. Mais ce dernier reste bloqué entre deux étages. Doucement, méthodiquement, la situation des occupants évolue de la simple contrariété à l'angoisse, puis à l'horreur totale...


M. Night Shyamalan a des idées et il le fait savoir depuis qu'il a créé The Night Chronicles où certaines de celles-ci se transforment en films. Shyamalan devient alors producteur en plus d'être à l'origine de l'histoire. C'est le cas pour Devil, quatrième film de John Erick Dowdle (qui signa notamment En Quarantaine), et même si l'ombre de Shyamalan plane sur ce film, on ne peut nier ses qualités. Dowdle signe avec Devil un bon film fantastique s'il fallait n'en sortir que quelques mots. En rentrant dans les détails, il s'avère que Devil est un film beaucoup plus complexe qu'il n'en a l'air. En effet, d'abord psychologique lorsque le film nous montre l'évolution des cinq personnages au gré de l'action, où certains passent par tous les états, de la paranoïa à l'acte meurtrier, forçant ainsi le spectateur à se poser des questions sur chaque personnage. Le réalisme réside dans cette intrigue policière qui rythme autant le film que le penchant fantastique, avec qui il se marie plutôt bien.

A la façon d'un jeu macabre où l'on cherche qui tue qui dans un petit ascenseur, le vraisemblable tient jusqu'au bout pour finalement livrer son spectateur aux mains d'un message subliminal (encore une nouvelle fois religieux) totalement inutile et déplacé.




Avec Phénomènes, Shyamalan avait prouvé qu'il avait des idées et que le fantastique pouvait être un genre où il pouvait convaincre. Sauf que si dès le départ le film intrigue, le pauvre Shyamalan retombe dans les travers qui ont fait du Village un mauvais film. Finalement, c'est peut-être parce que la place de Shyamalan dans ce genre n'est pas à la réalisation, qu'il faudrait une autre vision derrière la caméra, pour éviter que Shyamalan ait la mainmise sur tout. Pourtant dans Signes, il faisait l'expérience du thriller de science-fiction avec efficacité par moment, prouvant qu'il était capable de livrer de bonnes choses, mais pas sur la longueur. La force maléfique du Village refait son apparition dans Devil, mais d'une façon ici, bien plus crédible, et surtout diablement plus efficace. Dowdle arrive à donner une autre force visuelle au film, là où Shyamalan échouait, en plus du final. Il suffit d'évoquer les effets de styles, qui vont du plan-séquence pour présenter les personnages, aux jeux de lumières dans l'ascenseur qui font montrer l'angoisse du spectateur et des personnages à l'écran. Un film foncièrement sombre où la caméra se devait de montrer un style.




Thème récurrent chez Shyamalan, le religieux représente une nouvelle fois le défaut majeur de ce genre de film qui s'amuse à mixer le côté réaliste d'une situation (une série de meurtres) à du fantastique (l'intervention d'une force obscure). Pourtant, Devil démarre en trombes, là où le spectateur ne doit attendre que quelques petites minutes pour rentrer dans le vif du sujet. En fil rouge, un ascenseur bloqué, élément central du thriller horrifique claustrophobique, qui n'est pas sans rappeler les tentatives de Dick Maas avec L'ascenseur en 1983, qui a par ailleurs reçu le Grand Prix du festival international du film fantastique d'Avoriaz (l'ancêtre de Gérardmer) en 1984. Fantasme du film d'horreur, il fallait ici sublimer le lieu de l'ascenseur pour rendre le film encore plus passionnant. Le danger était de s'égarer dans différentes thématiques sans jamais y trouver une cohérence. Sans vouloir y trouver un juste milieu, Devil trempe malheureusement sa caméra dans les deux niveaux, au risque d'y rester coincé, un peu comme l'ascenseur de notre film.




Si le terme d'horreur totale est peut-être fort, il s'installe dans Devil un sentiment de claustrophobie très fort, où lorsque la lumière s'éteint, le suspense gagne en intensité. Devil monte en crescendo puis se stabilise dans un rythme plaisant qui accroche son spectateur, si celui-ci arrive à prendre le bon ascenseur. Du côté musical, on ne pouvait évoquer la composition de Fernando Velasquez qui sonne pourtant très cliché. Il n'invente rien musicalement parlant, mais son thème rentre totalement dans une ambiance stressante, où paranoïa et claustrophobie ne semble ne faire qu'une. Même remarque d'ailleurs pour le réalisme et le fantastique dont on ne sait où sont les réelles frontières. Du côté des acteurs, aucun n'arrive pas à prendre le dessus, même si Logan Marshall-Green (Across The Universe, L'élite de Brooklyn) livre par exemple un jeu satisfaisant. La seule déception à ce niveau pourrait venir de Chris Messina (l'inspecteur Bowden) qui en voulant se mettant au-dessus de son personnage s'égare parfois.



Pour la première expérience de cette trilogie instigué par The Night Chronicles, on se dit Shyamalan a bien fait de confier la réalisation à des nouveaux talents, pourvu que la suite soit encore meilleure.


NOTE : 11.5 / 20






27/01/2011
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