Cine-emotions

Le Président, l'homme politique en vrai.

Yves Jeuland et sa caméra ont suivi la campagne des Régionales du candidat Georges Frêche, rendant un hommage posthume à ce monstre sacré de la politique française.



Des types politiques comme Georges Frêche vont probablement manquer dans les années à venir en France. Pourquoi donc ? Allez donc voir le documentaire d'Yves Jeuland, qui en suivant la campagne des Régionales dans la région Languedoc-Roussillon, dresse un portrait d'ensemble sur la vie politique de Frêche, un socialiste de la première heure bien ancré dans le paysage politique, n'en déplaise aux éléphants du PS. Malgré la mort de Georges Frêche le 24 octobre 2010, le film reste en l'état et sortira à la date prévue, renforçant encore plus l'image du documentaire hommage. Yves Jeuland n'est pas un novice en la matière lui qui avait déjà signé Paris à tout prix, son documentaire sur les coulisses des élections municipales de Paris en 2000, ou encore Un village en campagne en 2008. C'est d'ailleurs lors de ce dernier documentaire que le réalisateur croisa Georges Frêche.


Non ce documentaire n'a rien à avoir avec Le Président de 1961, un film d'Henri Verneuil avec un autre monstre sacré du cinéma français Jean Gabin. Le film dénonçait déjà les fourberies politiques qui se tramaient dans les coulisses, ou comment des scandales pouvaient ressurgir quinze ans après les faits. Une réflexion politique en amène une autre: chez Jeuland, c'est la caméra sans concession qui montre aux spectateurs un homme politique comme on en voit peu souvent. La caméra peint alors les défauts de l'homme politique, mais montre aussi la sincérité et la volonté tenace de ce dernier, qui n'a jamais failli en quarante ans de carrière politique. Georges Frêche est un homme fier, de tradition familiale, lui qui se vante d'être dans les derniers à vouloir faire une bonne France à travers sa région. Derrière ses statuettes de Mao et Roosevelt (pour ne citer qu'eux) qui trônent sur son bureau, Frêche lance ses répliques, plus ou moins pertinentes et réalistes, sans jamais s'occuper de la caméra qui le suit.


Il est dans la sincérité la plus totale, il se trompe, puis il a raison, et le spectateur adore. On arrive à rire à ses répliques cinglantes, comme lorsqu'il assène de terribles insultes à un Montebourg encore bien trop jeune pour aller se frotter au colosse que représente Frêche. Ce dernier le fait bien comprendre avec la témérité qu'on lui connaît. L'autre exemple encore lorsqu'il se paye un Fogiel remis à sa place au téléphone, ce dernier lui rétorquant un « C'est pour quand le prochain scandale M. Frêche? ». Puis on découvre également les mauvais côtés du Président, celui qui est allé trop loin lors de ses propos sur la couleur de peau des joueurs de l'équipe de France, et qui se retrouve enliser dans ses arguments face à Pascal Praud. Mais Frêche n'a pas honte, il ne retourne pas sa veste pour autant, il reste droit. Et même si le documentaire en deviendrait lourd à montrer l'image de victime que se donne Frêche, il filme une certaine réalité sans jamais la mettre en scène. Enfin on découvre aussi l'envers du décor, l'être humain que représente Frêche, un homme sensible et touchant, qui lors d'un meeting se met à nu devant son public, en affirmant que l'homme politique est trop tendre, il se fera tuer: « Moi je tue d'abord, et après je pleure ». L'homme est beau, fort, puissant et émouvant, populaire et populiste à la fois et les images se suffisent à elles-mêmes.


NOTE : 15.5 / 20





20/12/2010
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