Cine-emotions

Je n'ai rien oublié : Chiche de nous faire pleurer ?

Sans atteindre la classe d'un Chabrol, le dernier film de Bruno Chiche captive et charme, la faute à une distribution fort alléchante et efficace.




Depuis des années, Conrad Lang vit aux crochets de la riche famille Senn. D’abord camarade d’enfance de Thomas, puis gardien de leur maison de vacances à Biarritz, ils l’utilisent comme bon leur semble et lui s’en satisfait.
Mais lorsque son état de santé se dégrade, lorsqu’il se met à raconter à Simone, jeune épouse de l’héritier Senn, des souvenirs d’enfance qui ne collent pas tout à fait à l’histoire officielle de la famille, Elvira, la matriarche, se montre étrangement menacée. Comme si ce vieux fou inoffensif portait en lui les moyens de la détruire.
C’est alors qu’entre Conrad et Simone va naître une amitié étrange, amenant la jeune femme à faire face, pour lui, à une Elvira bien plus dangereuse qu’il n’y paraît.




Entouré par des acteurs véritables de justesse, Bruno Chiche signe un drame psychologique finalement très prenant, adaptation d'un roman (de Martin Suter, Small World, paru en 1998) excellemment bien scénarisée pour ne pas perdre en route son spectateur. Il nous laisse dans une attente croissante, au fur et à mesure que le spectateur s'attache aux différents personnages en essayant de les creuser, avant de rentrer le vif émotionnel et les vérités que cachent cette famille bourgeoise. L'objectif est de s'intéresser aux secrets de familles, sujet déjà bien développé, en même temps qu'il évoque le cercle bourgeois, thème là encore récurrent du cinéma français, héritage d'un passé historique bien présent. La force du film n'est pas forcément son propos, plutôt alambiqué, mais d'abord l'émotion qui ressort de l'histoire et ce que les acteurs arrivent ensuite à transmettre. Gérard Depardieu est sans surprise largement convaincant dans la peau de cet homme bourru, vivant au crochet d'une famille bourgeoise et qui est touché par Alzheimer et dont les conséquences sont une perte de mémoire dans un passé proche, alors que ses souvenirs très lointains sont eux absolument intacts. Il suscite tantôt l'émotion et l'attachement du spectateur, tantôt la compassion, sans jamais trop pencher dans l'un ou dans l'autre, mais en restant juste et charismatique. Il donne une superbe réplique au second rôle encore largement satisfaisant de Niels Arestrup à l'intérieur de ce bourgeois alcoolique qui semble nier des vérités qui refont surface. Du côté des femmes, Alexandre Maria Lara (La Chute, La Bande à Badeer, The Reader) incarne une femme sensible, moderne mais qui verse trop dans la pitié face à l'injustice du famille qui rejette ce qui serait considéré comme un fils. Elle fait face à toute la noirceur et le mystère d'Elvira, interprétée par Françoise Fabian (La Bûche, Belle de jour), et croise Nathalie Baye, sympathique mais trop effacée. Sans tomber dans le pathos d'une histoire qui y tend pourtant, Je n'ai rien oublié peut convaincre le spectateur sensible et réceptif à cette adaptation, certes un peu romancée, mais néanmoins touchante. L'ultime ingrédient qui renforce le côté émouvant du film est assurément dû à la composition musical d'un grand ami de Hans Zimmer, le dénommé Klaus Badelt, entre lyrisme et finesse.


Le film peut se vanter par ailleurs d'avoir remporter le Prix Cinéma 2011 de la Fondation Diane et Lucien Barrière, qui récompense les nouveaux talents. Trophée qui, sans être plus vendeur, confirme qu'il y a de très bonnes choses dans ce film de Bruno Chiche (Barnie et ses petites contrariétés, Hell), entre ambiance conventionnelle mais émouvante, et acteurs prenants.


NOTE : 13 / 20







30/03/2011
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