Cine-emotions

Never Let Me Go : leçon de vie à trois.

Adapté de l'oeuvre de Kazuo Ishiguro Auprès de moi toujours, Never Let Me Go romance la règle de trois pour un dramatique forcément larmoyant et pourtant efficace.




Depuis l'enfance, Kathy, Ruth et Tommy sont les pensionnaires d'une école en apparence idyllique, une institution coupée du monde où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Devenus jeunes adultes, leur vie bascule : ils découvrent un inquiétant secret qui va bouleverser jusqu'à leurs amours, leur amitié, leur perception de tout ce qu'ils ont vécu jusqu'à présent.


Never Let Me Go commence sa règle de trois par trois raisons qui peuvent attirer ici le spectateur. D'abord parce que le film est une adaptation du roman de Kazuo Ishiguro, exilé en Angleterre depuis 1960 et qui a notamment signé L'inconsolé ou encore Les Vestiges du jour (très reconnu par la critique). Un artiste qui signe souvent ses romans par des thématiques véritables pour toucher un public qui peut les ressentir, de l'oubli à l'amour en passant par le parental. La seconde raison débouche donc sur les thématiques qui jonchent ce film, entre le triangle amoureux et le côté science-fiction de ces personnes créées pour donner leurs organes et disparaître. Des créatures comme sont-elles appelées avec beaucoup de tact par Miss Emily (Charlotte Rampling). Enfin la troisième raison reste ce casting trois étoiles pour le coup, avec Andrew Garfield (Boy A, The Social Network) bien entouré par Keira Knightley (Orgueil et Préjugés, The Duchess) et Carey Mulligan (Une Éducation, Wall Street 2). Les trois évoluent avec émotion et conviction, attirant une compassion du spectateur loin d'être négative. Une mention spéciale et évidente est à faire à la talentueuse Carey Mulligan (dans le rôle de Kathy) qui ne cesse de gravir les échelons. Outre ces trois gros noms de jeunes acteurs talentueux, il ne faut pas oublier ceux qui font naître l'émotion dès le début du film par une sincérité inégalable, c'est à dire les enfants et ce trio saisissant composé par Isobel Meikle-Small (Kathy), Charlie Rowe (Tommy) et Ella Purnell (Ruth), dont seul le garçon avait déjà été vu dans A la croisée des mondes. Justement il semblerait bien que le film se situe à la croisée de deux mondes pourtant pas si différents que cela.





Deux véritables déceptions dans le film, qui malheureusement finissent par se rejoindre. D'abord la platitude d'une scénario dont on connaît tous les rouages, prévisible à souhait. Ensuite, le fait que tout est clair dans l'esprit du spectateur, tout est fait pour ne pas lui compliquer la tâche afin qu'il ressente au mieux l'émotion qui doit en ressortir. Pas assez de suggestion et c'est finalement pour cela que le film manque de réellement accrocher en profondeur. Paradoxalement, malgré ses problèmes de scénario, le film arrive à rapidement faire monter les larmes aux yeux, grâce justement à son récit simple et qui parle à tous. Des thématiques évoquées avec plus ou moins de réussite, de la vie à la mort, où art, médecine et amour se mêlent. Dans une Angleterre dystopique, le film choisit comme le film de se baser sur une histoire sentimentale en effleurant le propos politique ou social. La réalisation signée Mark Romanek (un habitué des clips qui a dirigé Robbie Williams dans Photo obsession) arrive quant à elle à donner entière satisfaction malgré un classicisme évident. La mise en scène se charge alors de compléter l'émotion. On retrouve par exemple le duo Mulligan – Knightley dans le couloir de l'hôpital, l'une affaiblie et l'autre encore bien vivante, qui font dos au sombre couloir pour faire face à la lumière, celle qui représente la vie et qui va justement se retrouver en fil rouge jusqu'à une scène finale à la fois intelligente dans son propos, mais aussi par son image. La métaphore du bateau échoué, comme au bout de sa vie (mais quelle vie justement ?), rappelle au spectateur ce que nous sommes : une petite masse dans l'infini, un grain de sable dont on connaît inexorablement le point final. La morale est belle malgré qu'elle soit courue d'avance. On la déguste et en même temps on aimerait la repousser.



Une belle leçon de vie en même temps qu'une véritable histoire romantique touchante, Never Let Me Go finit par convaincre malgré quelques défauts scénaristiques.


NOTE : 14 / 20




03/03/2011
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