Cine-emotions

Tous les soleils : une quête du bonheur colorée

Deuxième long métrage de l'écrivain et réalisateur Philippe Claudel, qui commence à se tailler un nom dans le cercle fermé des réalisateurs français, avec le très bon Tous les soleils.




Alessandro est un professeur italien de musique baroque qui vit à Strasbourg avec Irina, sa fille de 15 ans, en pleine crise, et son frère Crampone, un gentil fou anarchiste qui ne cesse de demander le statut de réfugié politique depuis que Berlusconi est au pouvoir.
Parfois, Alessandro a l'impression d'avoir deux adolescents à élever, alors qu'il ne se rend même pas compte qu'il est lui-même démuni face à l’existence. Voulant être un père modèle, il en a oublié de reconstruire sa vie amoureuse, d'autant plus qu'il est entouré d'une bande de copains dont la fantaisie burlesque l'empêche de se sentir seul.
Mais au moment où sa fille découvre les premiers émois de l’amour, sans qu’il s’y attende, tout va basculer pour Alessandro…





Après avoir évoquer la reconstruction d'une vie après la perte de l'être cher dans le sublime Il y longtemps que je t'aime, Philippe Claudel décide de reprendre des thématiques similaires, mais d'un point de vue totalement différent, plus léger et plus positif surtout. Le succès critique et public de son premier film récompensé par un César de la meilleure première œuvre a fait de Philippe Claudel un nom à suivre chez ces nouveaux réalisateurs flamboyants et modernes. Pourtant, Claudel n'a rien de moderne dans son style de réalisation : mise en scène efficace, dialogues toujours en mouvement, thématiques profondes, le style Claudel ne laisse pas indifférent. Entre le rire et les larmes, Tous les soleils réussit là où justement Il y a longtemps que je t'aime avait décidé d'évoluer, c'est à dire le drame noir. Ici, l'histoire s'avance plutôt dans la comédie dramatique, avec un ton beaucoup plus léger tout en étant profondément sérieux. Entre les questions souvent récurrentes de la vie et de la mort, savoir comment appréhender ces deux phénomènes naturels, se soulèvent d'autres propositions, autour de l'amour, du bonheur, de la politique et de la réception de l'autre par exemple. En effet, le spectateur évolue en même temps qu'Alessandro (Stefano Accorsi) qui n'arrive pas à faire le deuil de sa femme qu'il a perdu peu après la naissance de sa petite fille (Irina) qui vit elle avec ce fantôme qu'elle n'a jamais connu et profite de son adolescence pour vouloir vivre et respirer, tout en espérant que son père puisse prendre le même chemin pour reconstruire sa vie. Entre les deux, Luigi (Neri Marcoré), un clown amoureux de politique et plus fervent opposant à Berlusconi (tant qu'il reste au pouvoir, Luigi ne sortira pas de chez lui), frère d'Alessandro et deuxième père pour Irina. Le film est bourré de clin d'œil aux références de l'auteur, que ce soit celle de l'adolescente en femme moderne (La Princesse de Clèves), ou du cinéma italien, celui qui passe du rire aux larmes, ou l'inverse.




Drôle et énergique à la fois, Tous les soleils a clairement décidé d'être positif, sans mettre pourtant de côté l'émotion de l'histoire racontée. La caméra de Claudel n'évite pas les procès d'intention, ni les confrontations avec la réalité, à l'image de cette opposition avec le virtuel qui finit par profiter à Luigi (qui finalement n'est pas très loin de la situation de son frère). Les dialogues sont comme lors du premier film de ce talentueux réalisateur, très directes et fermes avec l'histoire racontée. Seule véritable problème du film, son côté prévisible n'amène aucune surprise et tout tombe assez logiquement, sans provoquer l'étonnement du public. Là où il arrive à se rattraper, c'est dans le ton général du film, beaucoup plus jovial, léger, humoristique et en même temps parfois sarcastique lorsque les piques politiques viennent jalonner le récit, avec beaucoup de pertinence. Le côté jovial se retrouve d'ailleurs dans les couleurs vives (à l'opposé du sombre d'Il y a longtemps que je t'aime) et dans le choix de tourner à Strasbourg, où le verdoyant prédomine dans une ville où le cliché du glacial perdure, alors que celle-ci est aussi une ville à la croisée des cultures, comme le montre ces deux italiens émigrés. Du côté des acteurs, on ne peut que se satisfaire de ce duo d'acteurs italiens, méconnus du public français. Stefano Accorsi (Romanzo Criminale, La Faute à Fidel) déjà, terriblement séduisant et absolument convaincant dans ce personnage enfermé qui n'arrive guère à retrouver goût à la vie, pensant un peu trop à sa petite plutôt qu'à lui. Souvent cantonner à des rôles peu médiatisés, Accorsi est finalement un parfait inconnu, qui apporte un certain rayonnement méridional à ce film, que ce soit dans le timbre de voix de l'acteur, ou bien dans sa gestuelle et sa façon de jouer. Le théâtral d'ailleurs, l'italien acteur à la ville comme à l'écran, idée reçue que transmet également une autre révélation, Neri Marcoré. Drôle et sympathique, il est peut-être un second rôle, mais aussi le personnage le plus attachant pour le spectateur. Grand critique de la politique berlusconienne, il est un clin d'œil à Roberto Benigni, comme un acteur vivace, prenant dans son rôle, et terriblement attachant. Enfin, côté féminine, Clotilde Courau étant une actrice confirmée, le regard du public doit se poser plus sur Lisa Cipriani, la petite Irina qui monte en puissance au fur et à mesure du récit.


Volontairement humoristique et émouvant à la fois, Tous les soleils est un deuxième long métrage encore réussi pour Philippe Claudel, qui retrouvent certaines thématiques et références, et offre ici un film positif, chose très rare dans les salles obscures, où il est bien décidé à y amener de la lumière.


NOTE : 14.5 / 20




30/03/2011
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