Cine-emotions

Equinoxe : la litanie monte aussi bien que la marée

Pour son premier film, Nicolas Carcélès livre un œuvre surréaliste entre poésie et réalisation lourde.




Martin et Nathalie sont amoureux et partent en week-end au Mont Saint-Michel. Il la photographie et, ensemble, ils s'éloignent un peu plus sur la grève. Le brouillard se lève et ils se perdent. Commence alors un véritable périple pour sauver leur vie...



Parfois, des films tellement étranges ne permettent pas de livrer un avis clair sur ces derniers. Équinoxe va probablement en faire partie. Pour peu que l'on rentre un minimum dans le film (ce que le début arrive à faire sans trop de problème), on se retrouve derrière dans le complexe travail d'analyse, qui dépasse ici toute la classique critique d'un film lambda. Équinoxe n'est pas un chef d'œuvre loin de là d'ailleurs, mais sa forme et son fond ne peuvent laisser indifférent. Après un départ où la réalisation se fait esthétique dans ses plans et dans ses choix de décors, avec une très belle photographie (le réalisateur est un spécialiste des documentaires, ce qui n'étonne pas finalement), on nous plonge peu à peu dans le surréaliste presque fantastique d'une histoire tirée d'une légende moderne, sur la grande marée du Mont-Saint-Michel et ces fameux brouillards qui arrachent corps et âmes à ceux qui s'y perdent. C'est le cas de ce couple, entre la belle Caterina Murino et le plutôt irrégulier Aurélien Recoing, qui semblent amoureux en apparence. Des dialogues fleurs bleues assurément pour mieux rendre compte des sentiments et peu à peu une opposition sentimentale qui vire franchement au pas crédible. Lui est persuadé qu'elle représente la femme de sa vie et qu'il aime au plus profond de lui. Elle est enceinte et tente aussi de croire à leur histoire, bien que lui ait fait comprendre qu'une histoire à deux (et non à trois) lui suffirait. L'ensemble est un peu téléphoné, tombant dans des dialogues très plats, parfois aussi hors de propos et la poésie de l'image. Le lyrisme ambiant du départ s'estompe peu à peu, au fur et à mesure le film s'enfonce dans sa torpeur. La réalisation tombe alors dans le même gouffre, peu à peu que l'on rentre dans l'objet fantastique. Le couple se perd sur l'immensité de la plage, alors qu'ils se baladaient, croit apercevoir la terre au bout, alors que la mer monte et que le temps commence à faire son boulot, comme au temps de l'équinoxe en quelque sorte. La métaphore temporelle est ici utilisé sur un côté fantastique, doublée par la partie réaliste d'enfants de colonie, dont fait partie un certain Martin, et qui vont à la rencontre de la légendaire baie de Saint-Michel à cette époque de l'année.




Métaphorique à souhait, complexe dans sa profondeur psychologique, Équinoxe soigne à la fois un côté documentaire exacerbé et celui du thriller pour livrer une œuvre qui dérange, mais qui ne touche pas pour autant. On pourrait à l'issue du film concevoir qu'il est presque totalement mauvais, que ce soit au niveau du scénario que de la mise en scène. Pourtant, il y a ce petit quelque chose qui retient l'attention, une ambiance accrocheuse qui peut emporter un spectateur sensible comme les flots de la mer agitée remontant les bancs de sable. Les autres ne résisteront pas à la litanie des scènes répétitives et d'une histoire qui tourne en rond, sans jamais proposer le petit éclair de génie attendu. Le principe était peut-être bon, le reste n'a pas suivi.


NOTE : 9 / 20



03/04/2011
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