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Sucker Punch, le fantasme de gosse de Zack Snyder

A la fois conte épique et fantastique à la sauce heroic fantasy, le fantasme de Zack Snyder Sucker Punch veut crever l'écran à coups d'effets spéciaux et d'action à couper le souffle. Le verdict tombe !




Bienvenue dans l'imaginaire débordant d'une jeune fille dont les rêves sont la seule échappatoire à sa vie cauchemardesque… S'affranchissant des contraintes de temps et d'espace, elle est libre d'aller là où l'entraîne son imagination, jusqu'à brouiller la frontière entre réalité et fantasme…
Enfermée contre son gré, Babydoll a toujours envie de se battre pour reconquérir sa liberté. Combative, elle pousse quatre autres jeunes filles – la timorée Sweet Pea, Rocket la grande gueule, Blondie la futée, et la loyale Amber – à s'unir pour échapper à leurs redoutables ravisseurs, Blue et Madame Gorski – avant que le mystérieux High Roller ne vienne s'emparer de Babydoll.


Après avoir notamment signé l'excellent 300 et une autre adaptation de roman graphique intitulé Watchmen, Zack Snyder revient avec un film issu de son propre esprit, à la croisée des genres, entre l'heroic fantasy qui berce ses inspirations, la SF ou le fantastique. Véritable clin d'oeil au premier genre cité, Sucker Punch veut à la fois marquer une sorte de renouveau dans le cinéma de Snyder, en même qu'une complète confirmation de ses talents lorsque le réalisateur a les pleins pouvoirs sur son projet. D'autant plus que Snyder est presque devenu un incontournable depuis le succès commercial de 300, l'explosif péplum et claque visuelle en même temps, où les corps grecs bodybuildés de Spartiates se foutaient sur la tronche avec une belle brochette de Perses enragés. Son cinéma propose des thèmes récurrents, un visuel largement ressemblant, mais pour autant ses films passionnent et continuer de faire augmenter le nombre d'aficionardos. Des geeks délurés aux fans de comics (qui ne font parfois qu'un), jusqu'aux amateurs du pur film d'action, Sucker Punch brasse large tout en restant une signature Snyder. Une mine d'or pour un public largement amateur, et pour certains, adorateur. Pour les autres, Sucker Punch passe plutôt pour un simple divertissement, visuellement sympa, un poil déjà-vu, et surtout très rythmé.




En racontant l'histoire d'une petite poupée blonde, jolie midinette façon teenage girl à l'américaine, répondant au doux nom de Babydoll, Zack Snyder et son fidéle scénariste Steve Shibuya, partent d'un point de vue assez réaliste. Une enfance cauchemardesque et un passage à l'âge d'adulte qui n'arrive pas au bout de tunnel de la souffrance. Au point que la jeune fille se voit confier par son beau-père (si sadique soit-il) à un hôpital psychiatrique du Vermont, au beau milieu des années 60. A partir de là, Sucker Punch démarre et s'envole dans son délire, sans franchement avertir les spectateurs, que s'ils ratent le départ, autant piquer une petite sieste. Sauf que pour en revenir à l'histoire initiale, bien sûr, rien ne va correspondre avec l'esprit sixties, que ce soit au niveau des effets visuels (bien trop modernes et esthétiques pour réellement convaincre, à la thématique (de l'aliénation et au spectacle sensuel de cow-girls, il n'y a qu'un pas) et à la musique (loin d'être sixties). On aime ou pas, Sucker Punch montre dès le départ qu'il s'affranchit des limites de temps et d'espaces (un peu comme son héroïne et son étonnant esprit) pour faire décoller son délire. Du coup, on se rend aussi vite compte que les dialogues ne sont là que pour garnir un scénario assez creux qui joue sur son histoire de l'unique rapport entre la réalité de ce groupe de filles qui cherchent à s'échapper, avec les excursions dans l'esprit de Babydoll lorsque celle-ci doit danser. Ils apparaissent finalement très basiques, souvent pour ne rien dire (cela devrait rappeler la bande annonce), inutiles, et ennuyeux au point que le spectateur trépigne de voir de l'action pour que ses yeux et oreilles profitent d'un autre spectacle. D'autant que l'action représente bel et bien le seul intérêt de Sucker Punch, à condition d'y accrocher.




Armé de son second degrés, Sucker Punch nous amène dans des combats digne de David contre Goliath, où Babydoll se frotte à des monstrueux et géants samouraïs, en passant par les soldats zombies et nazis en même temps et on en passe. Le film ne peut outrepasser ses facilités scénaristiques, qui au fur et à mesure deviennent assez gênantes, et qui doivent à tout prix disparaître pour ne pas laisser transparaître trop de faiblesses. C'est ce que va tenter de faire Zack Snyder, évitant de tomber dans un too much trop prévisible, et de relancer ainsi une machine qui commençait à faiblir dangereusement. Il s'agissait par exemple de faire une sorte de pied de nez au manichéisme ambiant et voulu par le personnage de Babydoll, à travers la personnalité de Vera Gorski. Sucker Punch devient presque répétitifs, sans trop de surprises, et on se met à émettre des parallèles avec les films de son cinéma, et notamment des ressemblances très criantes avec 300. Visons notamment les chorégraphies et le travail sur les cascades, sensiblement les mêmes puisque orchestrés par les mêmes auteurs, à savoir Damon Caro et Logan Hood. La différence vient que pour ce conte épique, ce sont les filles qui ont le pouvoir, et non les hommes. L'heroic fantasy devrait apprécier.


Sucker Punch est surtout un sacré paquet de références en tous genres, témoignage d'un melting pot du cinéma de genre très spécial, qui tourne autour de l'esprit de son réalisateur. Avec les mélanges suivants, on se rend compte que Sucker Punch n'invente rien, mais réunit. Tout d'abord avec les genres de la SF au fantastique et l'heroic fantasy, des sagas comme Star Wars au Seigneur des Anneaux, ou des films comme Matrix par exemple. Ensuite, le visuel va incontestablement nous amener au domaine du jeu vidéo, à croire qu'il serait mieux que Sucker Punch soit plutôt un jeu de PS3 avant d'être un vrai film, puisqu'on pense pêle-mêle à Prince of Persia version girls jusqu'au Assassin's Creed. Enfin, poussons les comparaisons encore un peu plus loin, en revanant cette fois-ci au domaine du cinéma. Sucker Punch pourrait presque passer pour un Grindhouse ! La comparaison peut faire sourire, mais il est clair que là encore les ingrédients du film d'exploitation rassembleur sont là : de l'action (un peu façon Kill Bill parfois) jusqu'au sensuel bas-résilles des filles, en passant par un second degrés parfois mal exploité. Snyder n'est pas Tarantino, mais il persiste et signe dans un cinéma qui rassemble les références pour donner lieu et vie à un univers pourtant bien à lui.




Visuellement, Sucker Punch s'avoue être tour à tour excellent, envoûtant, puis décevant, avec un sombre air de déjà-vu, comme si la sensation de jeu vidéo parfois trop le dessus sur l'œuvre cinématographique qu'est sensée représenter aussi le film de Zack Snyder. La réelle force de ce long métrage n'est pas franchement dans la claque visuelle attendue, mais plutôt dans le secteur du son. Tonitruant dans les scènes d'action, on y ajoute à cela des musiques bien retouchées, des reprises de Pixies au medley rock / hip-hop de Queen, la musique (signée Marius de Vries et Tyler Bates) est un élément central de la vie du film. L'autre surprise et satisfaction vient avec une certaine surprise des actrices. Pas forcément la bouille blondinette d'Emily Browning, mais deux autres jeunes actrices, aux passés bien différents. L'une est un grand espoir du cinéma britannique, Abbie Cornish, révélée en bourgeoise amoureuse de la poésie dans le Bright Star de Jane Campion, qui campe ici une sœur presque maternelle à la fois rebelle et véritablement sensuelle. L'autre est déjà un pur produit du star-system hollywoodien qui figure avec surprise dans le casting de Zack Snyder, livrant une prestation loin d'être ridicule. Vanessa Hudgens, celle que les adolescents connaissent comme Gabriella Montez dans High School Musical, ou comme celle qui forme avec Zac Efron l'un des plus couples pour teenagers à l'écran. La transformation chez Snyder est tout aussi radicale et étonnante, prouvant que la charmante demoiselle est aussi capable de jouer sur un registre inattendu.



Destiné à un public clairement établi, Sucker Punch pourrait être une nouvelle fois un film qui divise, mais qui démontre encore une fois que Zack Snyder est un réalisateur talentueux, aux multiples références mais dont on attend toujours une œuvre majeure et réellement novatrice.


NOTE : 11.5 / 20



25/03/2011
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