Cine-emotions

Neds, film coup de poing et jeunesse désabusée

Dans la lignée des films sociaux à l'Angleterre, Peter Mullan et son film Neds livre un tableau édulcorée d'une jeunesse désabusée.



 

"Si vous voulez un NED, vous allez avoir un putain de NED !" Glasgow, 1973. Le jeune John McGill est sur le point d’entrer au collège. Garçon brillant, la voie est cependant loin d’être toute tracée pour lui, entre un père violent et les préjugés de ses professeurs qui n'ont pas oublié son frère aîné "irrécupérable", Benny, devenu membre des NEDS. Les NEDS (Non Educational Delinquents), dangereuses petites frappes, font régner la terreur dans les quartiers. La réputation de Benny vaut à John d’être protégé et lui ouvre très vite les portes du gang.

 

Neds, le titre est évocateur et donne déjà le ton. "Non Educated DelinquentS", la précision du pluriel vaut ce qu'elle vaut. Puis il y a les couleurs de l'affiche : forcément locales, mais surtout très froides et sans équivoques là aussi. Sous l'étiquette de la comédie dramatique, Peter Mullan avait déjà signé Orphans, où les quatre enfants, terrassés par la mort de leur mère, règlent leurs comptes avec la vie dans la violence la plus confuse. En 2002, son second film tout aussi engagé vis-à-vis de la société irlandaise et chrétienne, The Magdalene Sisters, est couronné à Venise par un Lion d'Or. Avec Neds, il décide de revenir à Glasgow (Orphans s'y passait déjà), en s'inspirant un peu de son vécu (jeune garçon studieux qui veut sortir des règles de l'Establishment).



 

Avec le personnage de John McGill (et la puissante interprétation de Conor McCarron), il peint une Ecosse en proie aux changements. D'un côté celle d'une famille déchirée, avec une mère qui tente de préserver une maison saine, un mari alcoolo, et un grand frère qui viré du côté bad-boy. Alors John fait office de belle tête d'œuf, un garçon intelligent, studieux et très mature pour son âge. Suffisamment pour calculer sa débâcle, mais pas assez pour voir que celle-ci de va mener nulle part, ni même lui offrir un chemin expiatoire. Il y a aussi la critique d'un système d'éducation aux manières moyenâgeuses, qui classifie ces élèves en fonctionne du niveau d'intelligence (nivelé donc) et qui punit à coups de fouet sans raison apparente. Une société archaïque qui doit changer, c'est le penchant socio-politique de Neds. Il est pertinent, intéressant et percute.

 

Après il y a l'histoire en elle-même, très manichéenne, où la séparation bien/mal est toujours visible. John incarne un jeune garçon qui va tomber dans la violence par attirance, mais aussi par rébellion, lui qui refuse le système qui pourtant tend à le glorifier comme enfant modèle. Ce qui manque un peu, c'est que nous sommes à ce moment précis dans une situation où les jeunes n'ont guère trop d'illusions sur leurs avenirs. Il se passera à l'usine,  sauf peut-être pour le fils de famille aisée. La violence, l'alcool, les gangs, le vol, pleins de micro-éléments deviennent leurs quotidiens. Peter Mullan filme ce décor sans ambiguïté, sans sauvagerie, sans jamais non plus être coup de poing. La preuve avec le thème musical choisi qui ne va absolument pas l'ambiance qui doit en ressortir. Alors Mullan pourra se targuer d'avoir voulu un film social engagé plus original, loin des modèles comme Ken Loach (avec qui il a tourné).

 

Mais le film manque surtout d'une véritable identité, se confond, et finit par ne pas apparaître aussi pertinent qu'il aurait dû. Il reste tout de même quelques moments touchants, mais trop rarement mis en valeur, à l'image d'une dernière scène finale allégorique.


NOTE : 13 / 20



05/09/2011
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