Cine-emotions

La Séparation, nouvelle étoile du cinéma iranien

Dans la lignée d'un cinéma iranien flamboyant mais pas encore reconnu au pays, le film d'Asghar Farhadi a été encensé par la planète ciné. Logique ?




Lorsque sa femme le quitte, Nader engage une aide-soignante pour s'occuper de son père malade. Il ignore alors que la jeune femme est enceinte et a accepté ce travail sans l'accord de son mari, un homme psychologiquement instable…



Tapez encore La Séparation sur Google, ce n'est pas sur le film d'Asghar Farhadi que vous allez tomber. En effet, un film français ayant les mêmes sujets ou presque a vu le jour en 1994, dirigé par Christian Vincent et avec un casting alléchant composé par Isabelle Huppert, Daniel Auteuil et Karin Viard. Il fallait oser la comparaison, arrêtons là.


Parlons plutôt du phénomène La Séparation. Le film qui a décroché l'ours d'or au 61ème Festival de Berlin (sans oublier les prix d'interprétations féminin et masculin) déclenche la vague des propos élogieux. Il est surtout un nouveau moyen d'éclairer un peu plus ce cinéma iranien que portait jadis un certain Jafar Panahi et qui aujourd'hui brille devant les yeux conquis du grand public. La belle histoire aurait commencé en 1985 avec les cartons bien remplis de prix pour Le coureur, un film d'Amir Naderi. La consécration vient en 1997 quand Abbas Kiarostami remporte la Palme d'Or à Cannes pour Le goût de la cerise. Des plus jeunes vont prendre le relai, de Bhaman Ghobadi (qui connait un succès certain en France avec les Chat persans) à Samira Makhmalbaf. Asghar Farhadi n'est pas méconnu du côté des cinéphiles ou des spécialistes du cinéma. C'est lui qui a signé A propos d'Elly, et sa victoire à Berlin vient rendre hommage à un autre grand réalisateur qui avait été récompensé à l'époque par un Grand Prix du jury pour son film Hors-jeu (2006), même si Farhadi n'est pas considéré comme un réalisateur engagé, il reste un observateur de la société iranienne qu'il dépeint dans ses films.



Asghar Farhadi et sa récompense à Berlin.


Le but du film est comme l'affirme le réalisateur de forcer le spectateur à « trouver des réponses », en donnant des pistes, mais en laissant l'ensemble se clore par des pointillés, à l'image d'une scène finale qui répond d'une façon magistrale à la première. La Séparation commence donc par une scène dans un tribunal où le couple fait face à un juge que l'on ne voit pas mais que l'on entend. On y apprend que Simin (Leila Hatami) veut divorcer et permettre à sa fille d'avoir une autre vie à l'étranger. Sa demande de divorce sera rejetée et elle quitte le foyer conjugal la mort dans l'âme, sans pour autant quitter le pays. Ces deux scènes qui ouvre et clôt le film sont la force principale du film. Soulever des questions à travers des scènes assez basiques et qui pourtant sont le reflet d'une maîtrise d'un cinéma de talent. La caméra innocente nous fait assister à ce conflit conjugal, forçant déjà le spectateur à prendre un parti. Tout le reste du film va se baser sur ce jeu. On rajoute une sorte de thriller intimiste lorsque Nader est accusé d'avoir poussé sa femme de ménage dans l'escalier (elle perd au même moment le bébé qu'elle portait en son ventre) après l'avoir congédiée pour une faute professionnelle. La relation entre Nader et Simin est donc un fil rouge, on vit le quotidien de ce couple pendant quelques jours avec cette histoire policière globalement captivante avec quelques rebondissements. On dénote à la décharge du film une mise en scène théâtrale qui tourne en rond, peut-être le seul défaut assez charmant que peut lui reprocher. Enraciner dans une réalité iranienne que le public connait mal, c'est aussi cette force intimiste qui permet de donner un ton pertinent à ce genre de film. L'exemple de cette femme de ménage employé par Nader pour qu'elle s'occupe de la maison et surtout du vieillard atteint par Alzheimer, contrainte d'appeler en urgence pour savoir si changer cet homme est pêché. Le propos religieux garde toujours un sens et une importance.




L'autre argument thématique du long métrage de Farhadi, c'est cette vision de l'humanisme. Feo Aladag (bien qu'étant pas du tout iranienne) évoquait déjà la place du libre arbitre avec une femme en premier rôle dans son premier film L'Étrangère. Avec beaucoup d'émotion, elle cadrait son film sur le combat de cette femme moderne. La Séparation, peut-être dénué de cette émotion et de cette folie qui aurait fait décoller le film, tient une force que le film d'Aladag n'a pas. Sans manichéisme, Asghar Farhadi montre deux couples qui vont se faire face pendant plus d'une heure après que la fameuse femme de ménage ait perdu son bébé suite à une fausse couche, dont Nader est accusé. Ce que nous montre Farhadi, ce sont des « gens biens » dans l'universalité, avec beaucoup de dextérité. Il filme d'abord cette famille issue d'une classe moyenne, respectueuse de chacun, loin des pratiques ancestrales qui révulsent l'opinion occidentale. Il y a aussi cette femme de ménage et son mari colérique, tous deux attachés à leur foi, et à la croyance d'une justice et d'une égalité devant la loi, sans donner raison à chaque fois à une classe plus aisée. La confrontation sociale et humaine fait la force de ce film, passionnant dans son propos, probablement un peu longuet lorsqu'il tourne en rond, mais d'une justesse incroyable rendue possible grâce à une pléiade d'acteurs dont il n'y a absolument rien à redire.


Asghar Farhadi est déjà sorti renforcé du succès de son film, et comme Kiarostami ou Panahi, l'Iran tient un nouvel homme fort qui maîtrise autant ses sujets que les films qui les illustrent. Il sera à Paris au printemps prochain pour un nouveau film dont la vedette sera un certain Tahar Rahim.


NOTE : 14 / 20





'Une Séparation' un film d'Asghar Farhadi par Zoomin_France


12/06/2011
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