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Le Chat du Rabbin : la tolérance religieuse entre douceur et exotisme

Avec beaucoup de charme exotique, Joann Sfar en collaboration avec Antoine Delesvaux, signent un très beau conte moderne et intelligent à la fois.





Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges. Le rabbin veut l'éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d'elle... même à faire sa bar mitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de loi mosaïque ! Une lettre apprend au rabbin que pour garder son poste, il doit se soumettre à une dictée en français. Pour l'aider, son chat commet le sacrilège d'invoquer l'Éternel. Le rabbin réussit mais le chat ne parle plus. On le traite de nouveau comme un animal ordinaire. Son seul ami sera bientôt un peintre russe en quête d'une Jérusalem imaginaire où vivraient des Juifs noirs. Il parvient à convaincre le rabbin, un ancien soldat du Tsar, un chanteur et le chat de faire avec lui la route coloniale...






Deux petits défauts au beau milieu d'une œuvre qui sans être un bijou de l'animation, restera probablement un des bons moments cinéma de l'année. Dépassez donc les miaulements doublés du chat et les quelques facilités en stigmates un poil réducteurs sur la société et les communautés aujourd'hui, on peut savourer d'une part ce délice de deux manières. Soit on apprécie le côté esthétique des dessins, le charme naturel qui s'en dégage, l'utilisation des couleurs vives et la fluidité d'une image, même si la 3D n'est qu'optionnelle, ou encore la musique vivifiante et sympathique qui arrose ce long métrage d'animation. On apprécie également les doublages de voix, d'une belle facture, avec une belle distribution entre qui gravite autour du trio François Morel, Hafsia Herzi et Maurice Bénichou, dans laquelle on retrouve Mohamed Fellag, Mathieu Almaric, Eric Elmosnino, François Damiens. Soit on se délecte avec plaisir de cette belle écriture, des différents messages transmis dans le film, entre le second degrés et l'humour ironique et une part non négligeable. Même le propos peut paraître assez consensuel à première vue, c'est surtout une belle leçon de tolérance dans une ambiance enfantine, où un chat s'amuse à dédramatiser des sujets très difficiles avec finalement beaucoup de réussite.




A choisir, le plus pertinent semble bien le second choix une fois que le premier a été facilement apprécié. Malgré la petite introduction moyenne de l'histoire, qui nous indique un film qui se destinerait à n'importe quel tranche d'âge, on comprend vite également que c'est l'écriture et les propos qui y sont transcrits qui vont nous intéresser. Le scénario excelle alors à faire batifoler son histoire au milieu de sujets graves, dont on imaginait difficilement un film d'animation les rendre drôles et pertinents dans leurs traitements. Ainsi, on ne se moque pas, mais on regarde avec un œil distingué, humoristique et sérieux à la fois. Sont évoqués les relations entre les communautés religieuses, la distinction par la couleur de peau et les différences raciales, notamment grâce à l'aide historique et des clins d'œil à la Shoah, la décolonisation (intelligemment mise en relation avec le premier cité), le communisme, l'évangélisation des peuples étrangers, la place de la femme dans la société, au-delà des thématiques classiques autour de l'amour, l'existence, l'amitié, la famille. La religion tient une place prépondérante dans le film, non sans nous déplaire, car le traitement est enfin original et accrocheur, compréhensible de tous, sans être forcément réducteur. Après avoir remporté le César du meilleur premier film avec le très beau Gainsbourg (Vie Héroïque), Joann Sfar confirme son talent, même s'il s'agit là d'adapter sa propre œuvre qu'il a écrite et dessinée en BD déclinée en cinq épisodes.


Et comme le résume si bien le rabbin philosophe et écrivain Marc-Alain Ouaknin, « Le chat du rabbin constitue une formidable œuvre d'art, car ici, l'intelligence, l'humour et l'esthétique nous délivrent de manière radicale d'un ensemble de préjugés néfastes, sur Dieu et la religion, la supériorité des religions les unes par rapports aux autres, et sur la simplicité des sentiments ».



NOTE :  15 / 20



01/06/2011
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