Cine-emotions

Beginners : une comédie romantique pour solitaire

Comédie dramatique qui s'amuse à exploiter la psychologie de l'homme seul et de la reconstruction de soi, Mike Mills signe un film original avec Beginners, mais qui manque de maîtrise.





Oliver, illustrateur a Los Angeles, collectionne les ex et les déceptions amoureuses. Quand son père, Hal, tire sa révérence après avoir fait son coming-out a 75 ans et rejoint avec entrain la communauté homosexuelle, Oliver se penche sur ses relations familiales et ses échecs sentimentaux. Et il hérite d’un chien philosophe et bavard. La dépression guette. Jusqu’au jour où il rencontre Anna…



De compositeur à cinéaste en passant par la case graphiste, quand on est artiste de talent, les fossés à sauter entre chaque domaines ne sont pas un obstacle si compliqué. C'est ce que l'on peut remarquer chez Mike Mills qui montre ce talent dans Beginners, tout en dirigeant un très beau casting dans un film au sujet universel et sur le papier original. L'idée initiale du film part pourtant d'une situation vécue : la mort du père de Mike Mills qui annonce son homosexualité à sa famille à l'âge de 75 ans, soit 5 ans avant sa mort, moment qui va pousser Mills à écrire le scénario de Beginners. De l'homme dépressif, il en filme toute la solitude, un beau de peau dans un espace qu'il ne contrôle pas, qui l'enferme plus qu'autre chose. Mike Mills semble avoir créé une œuvre qui se voulait originale, insérant des dessins, un chien qui parle, des flash-back historiques, une voix-off souvent présente. On donc vite le comprendre, ce Beginners bouillonne d'idées. Mais n'est pas metteur en scène qui veut. Beginners est trop irrégulier et alternant une litanie parfois charmante (mais globalement restant dans sa définition initiale) et quelques bonnes idées de réflexion. Le spectateur ne se retrouve pas vraiment face à un film maîtrisé, à qui il manque l'ingrédient de folie et d'émotion qui le rendrait presque imparable. Malgré tout cela, on a envie de dire du bien de cette comédie romantique qui laisse un petit arrière-goût attachant. L'émotion (irrégulièrement présente malheureusement) ne vient pas d'un scénario assez complexe dans sa construction, mais plutôt de l'interprétation très profonde et travaillée d'Ewan McGregor, relativement bien aidée par Christopher Plummer (le fameux père homosexuel) et une Mélanie Laurent qui tient correctement son rôle, avec un atout charme qui fait fonctionner le duo avec McGregor.



Beginners tourne son histoire autour de deux points narratifs. D'une part le côte nostalgique qui envoie le spectateur dans le passé d' Oliver et de ses parents. A cela Mills utilise les voix-off, des photos personnels de la famille et d'autres clichés plus célèbres et connus du public. Oliver parle avec, il évoque ses souvenirs, il lance des explications sur sa situation, tente de répondre aux questions que soulèvent son histoire. Ce côté-là semble clairement devenir au fur et à mesure la partie la plus pertinente du film. Mike Mills se permet alors d'imposer ses thématiques et de les exploiter avec plus de clarté que le scénario semble l'indiquer. D'autre part, il y a la romance avec la belle Anna qui donne un sens à la vie d'Oliver, et sa dépression qui ne cesse de le poursuivre. L'écriture du film mélange les thématiques, il y a des moments lourds, et d'autres savoureux et intimistes. Paradoxalement dans ce sujet pesant, Beginners garde un charme attirant, probablement parce que le traitement de l'histoire ne tombe pas dans un conventionnel exubérant. La preuve avec l'aspect romantique, loin d'être à l'eau de rose. Elle est loin d'être naïve car l'histoire qu'Oliver entretient avec Anna est une expression cathartique de son passé, ce qui lui permet de sortir de sa solitude (elle est actrice et seule aussi à vrai dire) dans un premier temps, et de porter un regard plus franc sur son passé ou son enfance écoulée à regarder ses parents tomber dans une fausse relation amoureuse où la vérité n'existait pas. La mort de sa mère provoque le changement attendu et presque morbide de son père, chose qu'acceptera trop difficilement Oliver. L'homosexualité de son père passera d'abord dans des sentiments de colère, dégoût, empathie pour finir en compréhension. Il trouve aussi un autre refuge pour exprimer son mal-être ou son bonheur dans la création artistique au travers de dessins (il doit composer l'artwork d'un groupe, clin d'œil aux expériences de Mike Mills). On rebondit alors sur les flash-back et voix-off dont les utilisations deviennent abusives et témoignent d'un manque de pertinence sur le reste du film, trop irrégulier.


A s'y perdre un peu, l'indépendant Beginners ne dépasse par exemple le côté touchant, simpliste mais néanmoins plus efficace d'un (500) Jours Ensemble. De la vie à la mort, de la solitude au bonheur d'aimer et d'être aimer après la perte de l'être cher, le film témoigne de l'enchevêtrement des thématiques. En somme, Beginners lance quelques bonnes pistes, mais trop souvent mal exploitées, laissant un goût d'inachevé à un film qui en demandait bien plus. Peut-être trop.


NOTE : 12 / 20



13/06/2011
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