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We need to talk about Kevin : un fils, poison d'une mère

Présenté en tout début de compétition officielle au Festival de Cannes 2011, le drame thrillerisé de Lynne Ramsay We need to talk about Kevin ne peut pas laisser indifférent.



 

Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s'avère d'emblée très compliquée. A l'aube de ses 16 ans, il commet l'irréparable. Eva s'interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu'elle aurait pu ou peut-être dû faire.

 

Auriez-vous envie d'appeler votre fils Kevin ? Oubliez cette idée après avoir vu le film de la britannique Lynne Ramsay, une habituée à la thématique de l'enfance avec Ratcatcher en 1999 (remarqué à Cannes, puis aux BAFTA's) et Le Voyage de Morven Callar (récompensé à Dinard). Il ne manque plus qu'à cette réalisatrice talentueuse une reconnaissance publique. Pour la première en compétition officielle pour le Palme d'Or en long métrage, Lynne Ramsay a sorti des arguments.


We need to talk about Kevin est un thriller dérangeant, en même temps qu'un drame émouvant. Sa caméra nous emmène dans le quotidien d’Éva, et va effectuer de nombreux flash-back dans le passé pour raconter son histoire, de la naissance de ce Kevin (toujours remarquablement bien interprété) jusqu'à l'acte irréparable de ce dernier. On la voit donc s'interroger sur sa culpabilité, et le spectateur peut faire le lien entre le passé et la réelle responsabilité de la mère. On découvre alors une femme heureuse aux côtés de son mari (incarné par John C. Reilly), qui obtient cet enfant un peu « par erreur », et là commence la descente aux Enfers, où les moments de bonheur sont rares, mais s'apprécient avec une valeur peu commune. Sauf que le petit Kevin ne va jamais accrocher à sa mère, dès sa naissance. Du détail au départ, qui devient vite une obsession pour elle, qui continue à se battre pour obtenir l'amour d'un fils qui va tardivement l'appeler maman par exemple. Sans donner d'exemples du comportement de Kevin pour garder toute la puissance de la découverte à l'écran, toujours est-il que le spectateur vit cette gêne extraordinaire avec Eva. Aurait-elle enfantée le diable tout simplement ? Non, le film ne va pas virer dans cette direction. 




En revanche, c'est un film sur l'éducation, un peu comme Haneke a pu le faire avec Le Ruban Blanc, dans un style différent. Ici, on se trouve face à une réalisation parfois nerveuse, oppressante, tournoyante, mais usant de beaux plans et d'une cohérence certaine, preuves des qualités de réalisation de Lynne Ramsay. Elle croise aussi le chemin d'une Tilda Swinton formidable dans la peau de cette femme presque dépressive qui essaye tant bien que mal de relancer sa vie complétement détruite. La construction narrative est tout aussi intéressante, laissant du suspense jusqu'au final, même si les flash-back peuvent devenir à la longue assez lourd.


Derrière la culpabilité de cette mère, c'est aussi la place de la famille, l'érosion d'un couple qui va se déchirer doucement, ne sachant pas comment enrayer le problème. Il y a une part réaliste et en même temps flippante dans ce long métrage, la sensation étrange d'un film qui ne laissera pas indifférent au final, et qui pourrait nous dire : et si cela m'arrivait ?


We need to talk about Kevin ne joue pas sur les clichés, ne pose pas de stigmates, comme il ne propose d'ailleurs pas de solution. En restant un peu trop neutre, le spectateur se retrouve face à un film qui manque d'engagement et qui se contente de montrer (très habilement à n'en pas douter) une situation critique.


NOTE : 13.5 / 20




08/07/2011
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