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[FOCUS ON] Pedro Almodóvar, la passion et les femmes

Figure emblématique de la nouvelle vague espagnole, Pedro Almodóvar s'est imposé avec son style original comme l'un des cinéastes espagnols les plus novateurs de la fin du 20ème siècle. Retour sur un cinéma passionné où les femmes ont une place centrale.



 

Né en 1949 dans la province de Ciudad Real, Pedro Almodóvar a grandi au cœur de la communauté autonome de Castille-La Manche puis d'Estrémadure, dans un milieu très modeste. Dès l'adolescence, le jeune homme exprime son souhait d'entrer à l'Ecole Nationale de Cinéma. Vers l'âge de 18 ans, il part pour Madrid mais Franco a fait fermer l'école. Le jeune passionné se construit alors sa propre éducation cinématographique en visionnant des films à un rythme effréné. Grâce à un travail stable pour la Compagnie Nationale de Téléphone, il s'offre une caméra super 8 et commence à réaliser des courts métrages tout au long des années 70. Après la mort du général Franco en 1975, l'Espagne va connaitre un tournant culturel majeur qui va exploser au début des années 80. Excédée des années de régime franquiste, la jeunesse espagnole a soif de liberté et va exprimer sa vitalité dans divers domaines artistiques, lançant ainsi un mouvement culturel créatif, la Movida. Avec un ton libre prônant la liberté des mœurs, Pedro Almodóvar s'inscrit parfaitement dans cette volonté de renouveau culturel. Son succès en dehors de la péninsule ibérique lui permettra de devenir le symbole de la nouvelle vague du cinéma espagnol.


Dans cette effervescence culturelle sort en 1980 le premier long métrage d'Almodóvar, la comédie Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier. Filmé avec un petit budget, ce film au ton jovial et exubérant dresse le portrait de différentes madrilènes. Dès son premier film, Pedro Almodóvar montre son intérêt pour les portraits de femmes, laissant défiler devant sa caméra de nombreuses actrices et faisant de certaines ses égéries à diverses périodes de sa carrière. Les années 80 seront ainsi « les années Carmen Maura ». La jeune femme devient son actrice fétiche, présente dans tous ses films de son premier long métrage jusqu'à Femmes au bord de la crise de nerfs en 1987. Pedro Almodóvar permettra également à un jeune acteur andalou de se faire un nom pour attirer par la suite les studios hollywoodiens : Antonio Banderas. En effet, le jeune homme fait ses débuts derrière la caméra de son compatriote réalisateur pour son second long métrage Le labyrinthe des passions en 1983. Il sera présent dans quatre autres films d'Almodóvar dans les années 80, Matador (1986), La loi du désir (1987), Femmes au bord de la crise de nerfs (1988) et Attache-moi ! (1990). Selon le réalisateur espagnol, « Antonio Banderas est l'acteur qui a le mieux communiqué [sa] vision des personnages masculins, de la même manière que Carmen Maura est l'actrice qui a le mieux intériorisé et transmis [ses] personnages féminins ». Si Almodóvar s'est par la suite entouré d'actrices récurrentes dans ses films, seul Antonio Banderas a acquis ce statut d'acteur fétiche pendant un temps.


C'est à la fin des années 80 que Pedro Almodóvar accède à la notoriété internationale grâce au succès du loufoque Femmes au bord de la crise de nerfs, très librement inspiré de La voix humaine de Jean Cocteau. Dans un univers visuel coloré où le rouge domine, le cinéaste espagnol dresse à nouveau une galerie de portraits de femmes. Le film est nominé à l'Oscar du meilleur film étranger et remporte cinq Goya du cinéma espagnol en 1989, dont celui du meilleur film, du meilleur scénario original et de la meilleure actrice pour Carmen Maura. Femmes au bord de la crise de Nerfs marque d'ailleurs la fin de la collaboration entre l'actrice et le réalisateur, qui mettra en avant le talent de Victoria Abril dans ses trois films suivants. En 1990 sort Attache-Moi ! dans lequel elle partage l'affiche avec Antonio Banderas. Centré sur l'histoire du jeune Ricky qui enlève et séquestre Marina dont il est amoureux, le film remporte le César du Meilleur Film Etranger. On retrouve Victoria Abril dans Talons Aiguilles l'année suivante. Explorant la relation mère-fille, le film marque un tournant dans la carrière de Pedro Almodóvar car, si les thèmes récurrents de l'identité sexuelle et des personnalités féminines restent toujours très présents dans ses films, le réalisateur s'intéresse désormais également à la structure familiale à travers les relations mères-filles. Son style évolue également, se dirigeant vers le mélodrame.


En 1999 sort Tout sur ma mère. Avec comme point de départ un accident tragique, la mort d'un jeune homme, Pedro Almodóvar dresse le portrait de plusieurs femmes à Barcelone, des retrouvailles et des rencontres qu'une mère en deuil fait à la recherche du père transsexuel de son fils décédé. A la fois drôle et bouleversant, le film remporte un grand succès critique et public. Il récolte de nombreuses récompenses  dont  7 Goya du cinéma espagnol, le prix de la mise en scène à Cannes, le César et l'Oscar du meilleur film étranger. Trois ans plus tard, il fait à nouveau sensation avec le drame Parle avec Elle, qui remporte notamment l'Oscar du meilleur scénario original. En 2004, La Mauvaise éducation est présenté hors compétition à l'ouverture du 57ème festival de Cannes, une première pour un film espagnol. Si le film n'est que partiellement autobiographique, il reste certainement le plus intime du cinéaste qui a puisé dans ses souvenirs lors de ses années d'éducation religieuse à l'époque franquiste puis lors de la Movida, mettant plus de dix ans à faire aboutir son projet. La Mauvaise éducation met en scène les retrouvailles d'Ignacio (Francisco Boira) et d'Enrique (Gael Garcia Bernal) dans les années 80, vingt ans après avoir grandi ensemble à l'école religieuse où ils ont découvert l'amour mais aussi le mauvais traitement du père Manolo (Daniel Giménez Cacho).


En 2006, Pedro Almodóvar dresse le portrait de trois générations de femmes dans les quartiers de la classe ouvrière madrilène avec Volver. Pour ce film, le cinéaste réunit plusieurs actrices qui ont déjà collaboré avec lui, Chus Lampreave et Lola Duenas, renoue avec sa première muse, Carmen Maura, et offre le rôle central à sa nouvelle égérie, Pénélope Cruz. Ce rôle lui permettra d'ailleurs de recevoir le prix Goya de la meilleure actrice et d'être nominée aux Oscars. Déjà présente dans En chair et en os (1997) et Tout sur ma mère, l'actrice espagnole se retrouve à nouveau devant la caméra d'Almodóvar pour son film suivant en 2009. Etreintes brisées explore le passé d'un réalisateur (Lluis Homar) devenu aveugle après un accident de voiture dans lequel il a perdu la femme de sa vie, Lena (Penelope Cruz).


Avec son style particulier qu'il a su faire évoluer au fil du temps tout en conservant les thèmes centraux qui font la richesse de son cinéma, tels que l'identité sexuelle, l'amour, la liberté ou encore les relations familiales, Pedro Almodóvar s'est imposé dans son pays l'Espagne puis à travers le monde comme l'un des réalisateurs ibériques les plus novateurs et les plus talentueux de son époque. Cette renommée il la vaut aussi aux actrices talentueuses dont il s'est entouré, ces actrices qu'il aime sublimer avec des gros plans où l'on peut saisir toutes leurs émotions car, selon lui, « la femme est plus expressive que l'homme ». Parmi les femmes qui ont marqué sa carrière, il y a des actrices que l'on retrouve à travers ses films, Cecilia Roth, Marisa Parèdes, Rossy de Palma, Chus Lampreave, mais aussi des actrices fétiches, symboles de certaines époques de sa carrière, Carmen Maura puis Victoria Abril et enfin Penelope Cruz. Avec son rôle principal dans le thriller fantastique La Piel que Habito, deuxième collaboration avec Almodóvar après Parle avec elle, Elena Alaya semble bien placée pour entrer dans ce cercle de figures emblématiques.



24/08/2011
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